Trois villes, neuf artistes. L’exposition donne à voir le fruit d’une réflexion de deux ans entre neuf plasticien.es, photographes et vidéastes autour d’une thématique commune : déplacer l’horizon.  Depuis Rabat, Helsinki ou Marseille, ceux.celles-ci nous livrent leur interprétation personnelle entre images fixes et animées. A voir jusqu’au 28 février au Centre Photographique Marseille.

Inscrite dans la programmation des Parallèles du Sud de la Biennale Manifesta13, DÉPLACER L’HORIZON résonne avec le thème directeur de cette édition : Traits d’union.

Cadavre exquis

Les neufs artistes ont pu échanger pendant deux ans et nourrir mutuellement leur travail à travers une correspondance virtuelle. Sous la forme d’un cadavre exquis surréaliste, ce sont des réponses poétiques diverses de recherches plastiques en cours telles que des photographies, des vidéos ou des textes qui ont été envoyées.

Il apparaît par ce ludique procédé un intérêt commun quant à la limitation de l’espace, la circulation des œuvres, et celle des artistes. Comment nous déplacer ? De quels moyens disposons-nous pour repousser nos limites terrestres et intimes ?

De cette genèse est né un catalogue d’exposition spécialement édité et rassemblant l’ensemble de la correspondance. Le cadavre exquis peut par ailleurs apparaître comme un fil conducteur lors de la visite de l’exposition : sous forme d’une frise murale, quelques extraits jalonnent le parcours tel un point d’étape pour le.a spectateur.rice. Ils incarnent matériellement la ligne d’horizon du lieu.

Vue de l’exposition © collectif Deux Bis : Fleur D, Driss Aroussi, Pauliina Salminen

Un collectif, des sensibilités

A chaque étape, un.e artiste propose un angle de réflexion personnel. Toutefois, la dimension collective se retrouve dans le commissariat et la scénographie, imaginée par les artistes, forte d’œuvres se répondant d’un mur à l’autre. La question du corps est notamment initiée par les photographies de Khadija El Abyad et reprise quelques mètres plus loin par les vidéos et portraits postcoloniaux de Mohammed Laouli.

Au milieu de la salle sont exposés les Blue Marbles de Fleur D. L’un mural, l’autre au sol, Fleur D travaille la matérialité du cliché photographique et le sculpte à la façon d’un fossile. Cette distorsion de l’image est reprise par l’installation voisine de Sari Palossaari, Exteriority within – Twin trees, dont la tempête de vent filmée et reproduite en plusieurs clichés fixes, fait perdre à l’image ses caractéristiques figuratives.

Driss Aroussi fait le choix d’apporter une réponse plus littérale à la thématique par ses photographies d’horizons urbains ou naturels très linéaires, tous obstrués par un élément de décor trônant au centre du cliché. Il dépasse même le cadre formel de la photographie en contraignant le regard des spectateur.rices à se déplacer et se baisser à même le sol pour découvrir le cliché suivant.

L’exposition se clôture sur le travail de Fatimazohra Serri. Il s’agit pour la jeune artiste marocaine de sa première exposition physique collective. Très active sur le web, elle traverse la barrière digitale pour exposer ses photographies et ses réflexions sur la place des femmes dans un espace muséal dédié.

Reportée à deux reprises, DÉPLACER L’HORIZON a finalement pu se tenir pour nous offrir un moment suspendu où il n’est plus question de limites, mais d’ouvrir la porte à un vaste champ des possibles plastiques, philosophiques et intimes.

Fatimazohra Serri, We run this mother, photographie © Fatimazohra Serri


DÉPLACER L’HORIZON
Driss Aroussi – Fleur D – Khadija El Abyad – Marko Lampisuo – Mohammed Laouli – Marjo Levlin – Sari Palosaari – Pauliina Salminen – Fatimazohra Serri

Jusqu’au 28 février – Entrée gratuite sur réservation ici
CENTRE PHOTOGRAPHIQUE MARSEILLE

74 rue de la Joliette
13002 Marseille