La jeune maison d’édition Anamosa présente en cette rentrée littéraire « Déflagrations ». Coordonné par Zérane S.Girardeau, ce livre met en avant les dessins d’enfants du monde confrontés aux guerres adultes. Comme pour mieux les comprendre.

Il y a Béata, une jeune fille du Rwanda qui se représente avec ses copines dans un centre pour enfants orphelins. Erika dessine sa cellule dans le camp de concentration de Terezíne quelques mois avant de mourir à son arrivée à Auschwitz. Mehdi, lui, crayonne le bombardement de sa ville en Iran. Témoins, acteurs ou victimes, des centaines de millions d’enfants dans le monde sont encore exposés aujourd’hui aux violences liées aux guerres. L’Unicef avance le chiffre de 87 millions d’enfants de moins de 7 ans vivant dans des zones de conflits depuis leur naissance.

De la Première Guerre mondiale au tout récent conflit Syrien, le livre « Déflagrations, dessins d’enfants, guerres d’adultes » parcourt un siècle de violences à travers les yeux d’enfants pour essayer d’éveiller (ou peut-être devrait-on dire « réveiller ») nos consciences adultes. 150 dessins, véritable traces fragiles, sont ainsi présentés dans le recueil, tous accompagnés d’une légende expliquant la situation du jeune dessinateur. Pour collecter et documenter ce corpus, Zérane S. Girardeau s’est entourée d’une équipe de professionnels : psychologues et psychiatres, historiens, praticiens du droit international, membres d’institutions internationales et d’ONG. Mais également d’artistes, de correspondants de guerre, d’écrivains et autres témoins.

Darfour, 2005. Doa 11-12 ans, camp de réfugiés sur la frontière entre le Soudan et le Tchad © Human Rights Watch

« Déflagrations » : dessiner pour comprendre

« Le dessin d’enfant est un récit et sa valeur narrative est évidente » écrivait Alfred Brauner dans son livre «  J’ai dessiné la guerre ». En mettant ces dessins en relation les uns avec les autres, plusieurs aspects graphiques ressortent inexorablement.

Le dessin paraît ici être un langage qui permet à l’enfant de mettre des paroles sur des maux. Comme si ces jeunes ne dessinaient pas uniquement pour décrire ce qu’ils pensent, mais aussi pour le savoir. Dans la préface, l’anthropologue Françoise Hériter s’interroge : « Quels adultes sont-ils ? Quelle vie mènent-ils ? Que transmettent-ils à leurs enfants ? Mon espoir est que, sans oublier, ils vivent une vie ordinaire et qu’ils transmettent à leur progéniture un message de non-violence, de tolérance et de paix ». Comprendre la raison de ces évènements vécus pour pouvoir continuer à grandir pour ceux qui s’en sont sortis, et transmettre la vie.

Si l’on considère l’art comme une activité humaine s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect, alors certains dessins de ce livre résonnent en nous comme de véritables oeuvres artistiques à la portée historique. Comme en témoigne le dessin d’Erika Taussigová, une jeune fille décédée à l’âge de 10 ans dans les camps nazis (page 219).

Afghanistan 1984. Enfant réfugié au Pakistan, école soutenue par la résistance afghane. © Comité afghan d’aide humanitaire, revue Central Asian Survey, Children in war, drawings from the Afghan Refugee Camps

Zérane S. Girardeau est aussi la fondatrice de l’association Zérane dédiée à la création d’expositions sur le droit du vivant. Pour plus d’information rendez-vous ici.

Le livre « Déflagrations » a également été adapté en exposition. Celle-ci se tient à la médiathèque André Malraux de Strasbourg du 6 octobre au 16 décembre 2017.

« Le père noël va-t-il arriver jusqu’à nous, ne sera-t-il pas arrêté au checkpoint ? »  orpheline tchétchène

Couverture du livre « Déflagrations » © Anamosa

« Déflagrations, dessins d’enfants, guerres d’adultes », coordonné par Zérane S. Girardeau, Editions Anamosa, 270 pages, 30 euros. Disponible depuis le 26 septembre 2017.

SHARE
Culture & Société