A la veille de l’ouverture du festival international de films documentaires Cinéma du Réel, nous vous annoncions une programmations bien fournie, avec des films du monde entier, des concepts originaux, des histoires touchantes, parfois violentes, et plusieurs rétrospectives.

Finalement, les différents jurys ont désigné samedi 1er avril les grands gagnants de cette 39ème édition. A noter que cette année, la programmation du festival a été perturbée par les grèves au Centre Pompidou, la plupart des séances ayant été déplacées ou reportés au Forum des Images, au Luminor ou au Centre Wallonie-Bruxelles. Malgré ces quelques complications, cette année encore, la qualité des films sélectionnés a séduit un large public. Parmi eux, quelques-uns semblent avoir su tirer leur épingle du jeu et remporter les suffrages des jurys. Sans surprise, ce sont des habitués du festival, Dieudo Hamadi et Joao Moreira Salles, qui dominent la compétition internationale.
Voici une partie du palmarès de l’édition 2017 :

Grand Prix Cinéma du Réel : Maman Colonelle, Dieudo Hamadi (France / RDC)
Il s’agit du prix le plus prestigieux de la compétition (8 000€), décerné par le jury de la compétition internationale. Dieudo Hamadi avait déjà remporté deux prix en 2014 au Cinéma du Réel (Prix international de la SCAM et Prix des éditeurs) avec son film Examen D’Etat, qui suivait un groupe de lycéens se préparant passer l’équivalent du baccalauréat en République démocratique du Congo. Pour Maman Colonelle, le réalisateur retourne dans son pays natal pour dresser le portrait d’une femme étonnante. A la tête de la brigade de police en charge de la protection des femmes et des enfants, la Colonelle Honorine est chaque jour confrontée à des cas de violences sexuelles et de maltraitance. La caméra de Dieudo Hamadi suit avec pudeur et sensibilité sa mutation de la ville de Bukavu à celle de Kisangani, où elle découvre les blessures encore vives qu’a infligé à la population la guerre des Six jours sur ce territoire de la RDC entre Rwandais et Ougandais. Au delà du portrait, c’est une histoire passionnante et douloureuse que l’on suit à travers l’œil du documentariste. On y découvre la misère d’une Afrique rongée par les superstitions et les dictatures, une administration impuissante et l’impunité qui s’étend. Face à cette détresse, la carapace de Maman Colonelle s’ébrèche parfois, mais sa force intérieure reprend toujours le dessus. On aperçoit alors l’espoir qui renaît, les sourires, la joie parfois, la reconnaissance et la promesse d’un avenir meilleur. Un film passionnant et magistral.

"Maman Colonelle" de Dieudo Hamadi (France / RDC)
« Maman Colonelle » de Dieudo Hamadi (France / RDC)

Prix International de la SCAM : No Intenso Agora, Joao Moreira Salles (Brésil)
Joao Moreira Salles est aussi un habitué du Cinéma du réel, puisque son film Santiago avait remporté le Grand Prix en 2007. Avec No Intenso Agora, que l’on pourrait traduire par « Dans le moment intense », le documentariste brésilien s’interroge sur l’Histoire telle que l’ont vécue des anonymes. Le film est un savant mélange d’images amateurs filmées en Tchécoslovaquie pendant le Printemps de Prague, d’images d’archives de mai 68 en France, et du film de vacances de sa mère lors de son voyage en Chine à la même époque. On y apprend à regarder les grands événements du XXe siècle sous un angle différent, par le regard de ceux qui les ont vécus « intensément ». La voix du narrateur fait le lien entre ces images étonnantes, déchirantes parfois mais aussi cocasses, comme ces vœux de De Gaulle prononcés le 31 mai 1967, cruels et drôles pour nous, public du XXIe siècle, qui savons que l’année 1968 ne correspondra pas vraiment aux attentes du général… Bien qu’un peu long et très centré sur les évènements de mai 68 et la figure de Cohn-Bendit, le film se démarque par son écriture soignée, le charme de ces images retrouvées et son concept, original. Il s’est d’ailleurs vu décerner deux autres récompenses : le Prix des bibliothèques et celui de la musique originale.

"No Intenso Agora" de Joao Moreira Salles - (c) William Klein
« No Intenso Agora » de Joao Moreira Salles – (c) William Klein

Prix Joris Ivens / Cnap : On The Edge of Life (Ala Hafet Alhayat) de Yasser Kassab (Syrie)
Ce prix de 7 500 € est décerné par le jury de la compétition Premiers Films. On The Edge Of Life raconte le malaise du cinéaste Yasser Kassab, réfugié en Turquie où il entretient une halte autoroutière semi-déserte, tandis que ses parents, endeuillés par la mort de son frère, ont fait le choix de rester en Syrie sous les bombes. Un regard personnel et humain sur le conflit qui déchire la Syrie depuis 2011.

"On The Edge of Life" de Yasser Kabbat
« On The Edge of Life » de Yasser Kassab

Prix de l’Institut Français Louis Marcorelles : Derniers Jours à Shibati, Hendrick Dussolier (France)
Ce prix de 7 000€ est décerné par le jury de la compétition française. Il a récompensé cette année ce film d’Hendrick Dusollier qui a suivi pendant deux ans la destruction du dernier quartier historique de Chongqing, la plus grande ville de Chine. Derniers Jours à Shibati a également raflé le Prix des Jeunes du Cinéma du Réel.

"Derniers jours à Shibati" de Hendrick Dusollier (France)
« Derniers jours à Shibati » de Hendrick Dusollier (France)

Mention spéciale à Chaque Mur est une Porte d’Elitza Gueorguieva (France)
Le film d’Elitza Gueorguieva avait pour ambition de raconter la chute du communisme dans son pays natal, la Bulgarie, à travers les images d’archives d’un programme télévisé que présentait sa mère. Pari réussi pour ce long-métrage qui a décroché deux Mentions Spéciales : celle du Prix de l’Institut Français et celle du Prix des Bibliothèques.

"Chaque Mur est une Porte" d'Elitza Gueorgieva
« Chaque Mur est une Porte » d’Elitza Gueorguieva

Retrouvez le palmarès complet du Cinéma du Réel sur le site officiel du festival.

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.