« Les « juifs » ne sont pas un sujet de plaisanterie ! » Cette phrase peut être un parfait résumé du livre : il est en effet possible, selon le point de vue qu’on adopte, de l’interpréter différemment. Et les malentendus d’interprétation sont le fil rouge de ce récit très bien mené.

Un homme du passé dans un monde nouveau

Un matin de 2011, Adolf Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin, plus de soixante-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dont il était largement responsable. On observe donc un Hitler complètement décontenancé et sans repères, qui erre dans les rues d’une ville qu’il pensait détruite. Recueilli dans un kiosque à journaux, il découvre un monde nouveau, et fait la connaissance des barres de céréales industrielles, des télévisions à écran plat ou encore des ordinateurs.

Le récit est parsemé des réflexions du Führer sur notre quotidien, du fait que l’Allemagne soit désormais dirigée par une femme chancelière, à son opinion sur l’Union européenne, en passant par des remarques sur le peuple allemand, ses habitudes et la mixité ethnique qui le compose. De plus, on assiste à quelques pointes d’humour, comme par exemple son incompréhension face aux femmes qu’il rencontre dans la rue et qui ramassent les excréments de leurs chiens. Des folles selon Hitler !

Une idéologie du passé dans un monde pas si nouveau…

Mais le plus intéressant du livre est le projet développé par l’ancien chef du NSDAP, le parti nazi allemand des années 30. Tout le monde le prend pour un acteur, un humoriste qui incarne particulièrement bien le dictateur, et ne sort jamais de son rôle. En effet, une chaîne de télévision allemande lui permet de participer à une émission de divertissement où il fait très forte impression dès la première diffusion. Mais personne ne se doute qu’ils sont en présence du vrai Hitler, et que son projet n’est pas des moindres : reconquérir l’Allemagne et terminer ce que la défaite de la Seconde Guerre Mondiale avait empêché. Malentendus sur le niveau d’interprétation des discours, donc. Et l’engouement du public allemand pour ce nouveau venu et ses propos provoquants sur des sujets aussi chauds que l’immigration ou le chômage, démontre un certain état d’esprit de l’opinion publique allemande, et a fortiori européenne, qui appelle de ses vœux un renouvellement de la classe politique, d’où qu’il vienne.

Un livre polémique et provoquant de par son sujet et le ton léger sur lequel il semble le traiter. Mais l’aspect le plus polémique peut être vu dans les réactions des Allemands imaginées par l’auteur, qui paraissent accepter tout à fait la présence dans le monde médiatique de cet homme tenant des discours desquels on se croyait débarrassés, plus de soixante-cinq ans après la fin du second conflit mondial.

A regarder aussi : le film événement basé sur le livre. Une réussite.

il-est-de-retour

Il est de retour, Timur Vermes, Edition 10/18, 8,10 euros.

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