De l’autre côté de la peau est le deuxième roman d’Aliona Gloukhova. Elle continue le travail entamé dans le premier roman avec comme thématique, l’eau et l’identité.

La narratrice nous raconte la vie d’Ana, une jeune doctorante qui part sur les traces du poète russe Guennadi Gor, qui a écrit lors du siège de Stalingrad. Cette narratrice anonyme tente de reconstruire le parcours de cette jeune femme disparue mystérieusement dans les années 2000, à partir de sa thèse et de journaux intimes qu’elle a retrouvé.

Le double

Le roman s’ouvre sur la quête d’Ana. De Lisbonne aux contrées russes et biélorusses, la narratrice retrace la vie de cette jeune femme, partie enquêtée sur les traces du poète. Entre les songes de la narratrice et les écrits intimes d’Ana, on suit simultanément le parcours intérieur de ces deux jeunes femmes.

Dans un savant mélange, entre la vie de la narratrice et celle d’Ana, le roman nous plonge dans l’intimité des deux jeunes femmes. Celle qui se lance à la poursuite du poète disparu et mystérieux, celle qui reste chez elle pour écrire sur celle qui a osé partir. L’une et l’autre se mélangent parfois, dans les eaux du corps et de l’autre côté de la peau.

Cette destinée des deux femmes est liée par cet attrait à la poésie, par ce besoin de savoir. Même si leur vie n’est pas similaire, elles se mélangent, les choix de l’une s’ancrent dans la personnalité de l’autre. Même si la narratrice ne connaît pas Ana, elle s’identifie dans ses pages et dans ses mots.

« Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer Ana à Saint-Pétersbourg. Elle avance dans une rue glaciale, sa peau est retournée, mais le froid passe à côté, parce que toute son attention est à l’intérieur. Ana cherche à comprendre Gor, Ana veut devenir Gor. »

L’eau et la chair

Aliona Glouckhova continue son travail entamé autour de l’eau dans son premier roman avec la figure d’un personnage secondaire. Matteo est le compagnon d’Ana, il aime nager, il aime l’eau, tout comme Ana et la narratrice. L’élément eau dans son roman est un prolongement du corps, un élément qu’elle personnifie qui devient une réponse aux affres de la vie. Jusqu’au jour où l’eau reprend ses droits.

« Il s’agit d’écrire autour du vide pour ne pas disparaître. »

L’eau devient une part consistante des personnages du roman. L’eau coule entre les deux personnages.

Il y a aussi la récurrence de la disparition dans ce roman, qui était déjà présente dans le premier roman de l’auteure. Ana disparaît, Matteo disparaît, la narratrice s’enfuit, tous les personnages finissent par disparaître d’une manière ou d’une autre. Ces disparitions sont aussi un peu comme l’eau qui coule et qui s’en va sans laisser de trace. On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau.

Un roman très doux et agréable, une belle prose très poétique, ce roman est un ravissement.

« De l’autre côté de la peau », Aliona Gloukhova, Editions Gallimard – Verticales, 144 pages, 13,50€