Proposition intimiste dans le cadre du Festival d’automne le chorégraphe contemporain Jérôme Bel présente Danses pour une actrice (Valérie Dréville) jusqu’au 16 octobre à la MC93 à Bobigny , puis à partir du 19 novembre à la Commune d’Aubervilliers.

Voilà un étonnant nouveau spectacle du chorégraphe français. L’espace d’une rencontre entre la danse et le théâtre. Jouant sur la notion d’interprétation, il a proposé à une actrice de donner non plus vie aux textes mais à certaines danses issues du répertoire international.

Dans un minimalisme assumé, sans décors, sans notes de programme, sans techniciens, Valérie Dréville en quelques mots nous place le contexte du prologue : cours de danse pour jeunes filles suivis en banlieue parisienne lors de ce que l’on suppose être sa jeunesse. L’actrice se réessaye aux mouvements appris et martelés sur un corps amené à changer. L’équilibre est incertain, les gestes raides par instant. Mais derrière ce premier aspect visuel, se dévoile une autre manière de donner vie à ces chorégraphies. Non pas à travers les mouvements comme ils devraient être reproduits machinalement, mais comme ils sont médiatisés, vécus par un corps particulier et ses souvenirs. Aidé.e.s par l’absence de musique nous découvrons l’intimité de ces expériences subjectives. Mais ce spectacle ne se résume pas à parcourir les souvenirs dansants de Valérie Dréville. Appeler par ce désir pédagogique qui semble habiter ses œuvres, Jérôme Bel a choisi parmi les catalogues des trois modernités chorégraphiques (allemande, américaine et japonaise) des extraits, des gestes, des enchainements qui ont tous développés une singulière approche du corps et de l’interprétation. Mais encore une fois il ne s’agit pas d’une sommaire réinterprétation, corps pour corps, mouvement pour mouvement de ces chorégraphies, et cela même si les musiques afférentes sont convoquées sur scène. Venu à la rencontre de la danse, l’art maitrisé de l’interprétation dramatique de Valérie Dréville se joint à la reprise. Après tout ne parle-t-on pas pour ces deux arts de langage corporel ? Tout le spectacle va ainsi osciller entre gestes et paroles. Des mouvements d’Isadora Duncan, à cet instant où le corps de Dréville disparaît dans une pénombre quasi-totale, tout est mis en œuvre pour appeler les imaginaires à se mouvoir aux limites de la danse tout autant qu’à ceux du théâtre.

Surprenant et en même temps familier objet que nous propose Jérôme Bel. Il y a quelque chose du coffret aux souvenirs dans ce spectacle aux dimensions réduites qui semble pouvoir être partout à son aise et s’adresser à chacun.e. Comme ce moment où il suffit à Valérie Dréville d’une chaise et d’un smartphone pour interpréter et transmettre l’intensité de la joie de Gene Kelly dans Singin’ in the rain. Théâtre et Danse paraissent s’être toujours pratiqué.e.s mutuellement dans les esprits.

Danses pour une actrice (Valérie Dréville)
Conception Jérôme Bel
Avec Valérie Dréville

À la MC93 Bobigny jusqu’au 16 octobre puis à La Commune Aubervilliers du 19 au 26 novembre