Jusqu’au 24 avril 2017, le Centre Pompidou offre une immense rétrospective de l’artiste américain Cy Twombly. Une plongée mystérieuse dans la pratique controversée de l’art contemporain. Untitled fait le point !

La rétrospective sur Cy Twombly a débuté au Centre Pompidou depuis fin novembre. Si l’œuvre de l’artiste reste grandement énigmatique, la médiation presque inexistante de l’exposition n’aide pas vraiment à sa compréhension. Le parti-pris du commissaire d’exposition est celui de la couleur. Il nous amène à tracer l’évolution de la pratique du peintre : du noir et blanc des débuts, aux immenses explosions picturales de la fin. Le visiteur déambule dans ces jets, dans ces gribouillis organiques où l’abstraction prend toute sa mesure. Oui mais voilà, s’il n’est pas amateur de ce genre de transports, le spectateur caractérisera inévitablement cet art d’enfantin. Parce que oui, à première vue, on peut comprendre que les œuvres de Cy Twombly puissent laisser coi. Que nenni, l’artiste américain est un véritable génie, et on vous explique pourquoi.

Cy Twombly, un peintre chercheur

Cy Twombly (1928-2011) se rattache, dans ses premiers travaux, aux abstraits new-yorkais. Dans les années 50, il commence à expérimenter d’autres pratiques et se tourne vers les dessins automatiques. Il dessine dans le noir pour retrouver la liberté du trait et empêcher sa vision d’influencer son geste. Il mélange les outils sans distinction (craies grasses, huiles, pastels, crayons de couleurs), laissant libre court à son intuition du tracé. Ses recherches sur la place de l’instinct dans le travail artistique rythment ses productions. Là commence sa reconnaissance. Le grand Roland Barthes trouve passionnant son emploi des mots et sa furie du trait. Il rédige la préface du catalogue lors de sa monographie en 1977 au Witney museum. Le monde de l’art contemporain accueille le plasticien à bras ouverts et il dessinera, notamment, le plafond de la salle des peintres au Louvre en 2009.

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G : Venus, 1975 – D : Apollo, 1975 © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Nicola Del Roscio

Un travail influencé par l’Histoire et les Arts

L’œuvre de Cy Twombly puise ses fondements dans les références multiples et infinies qui émanent de ses toiles. C’est tout d’abord son rapport à la mythologie antique qui interroge le regardeur. L’emploie des noms propres, de grandes lettres tracées renvoient, par l’évocation seule du nom, à un univers extrêmement connoté. Lorsqu’il inscrit Vénus sur sa toile, on comprend immédiatement qu’il invoque l’amour ; quand il écrit Apollo, tous les arts sont convoqués. Outre ces démarches littéraires, la motivation créatrice de Cy Twombly révèle un propos politique et engagé. Il crée à partir d’événements marquants qui jettent sur la toile son indignation. Lors de l’assassinat de John F. Kennedy, en 1963, il rapproche, dans une série de neuf œuvres, le climat de violence qui sévissait sous le règne de l’empereur romain Commode, aux années 1960. D’autres séries, plus géométriques, rappellent parfois des croquis d’ingénierie. Entre voyages dans l’espace et travaux préparatoires à l’élaboration de machines, le progrès cherche sa place. Les références à l’histoire de l’art sont multiples et assumées : Poussin pour le travail de la couleur, Monet dans les toiles aux fleurs. Vers la fin de sa vie, il se penche vers l’Orient et fait transparaître de véritables aspirations japonisantes.

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G : Sans titre (A Gathering of Time), 2003 – D : Sans titre (Bassano in Teverina), 1985 © Cy Twombly Foundation, courtesy, Archives Nicola Del Roscio

L’emploi des couleurs

Le début des productions de l’artiste mise tout sur l’économie de moyen : peinture industrielle blanche et mine de plomb. Le langage pictural en est abrupt, sévère. Pourtant, la force chromatique incompréhensible qui transparaît de ces toiles subjugue. Alors que la couleur apparaît dans ses travaux, toute la puissance du monde semble s’éveiller. Elle provoque un certain mysticisme à qui accepte de se laisser embarquer par la sublime puissance organique de leur éclats. Geysers frénétiques, brutalités instinctives, orgies sensuelles, naturalité pure, Cy Twombly semble être allé chercher ses couleurs au cœur de la terre, au sein de nos cœurs. Peut-être que ces transports sont dus à la grandeur des formats qui semblent nous envelopper tout entier. Quoi qu’il en soit, les sensations viscérales témoignent d’un propos chromatique incroyable.

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G : Summer Madness, 1990 – C : Wilder Shores of Love, 1985 – D : The Vengeance of Achilles, 1962 © Cy Twombly Foundation, courtesy Kunsthaus, Zürich

Le mythe du secret

La fascination de cet artiste difficilement abordable s’explique également par la culture du secret qu’il a longuement entretenue. Peu de photographies ont été prises de lui, et il n’accordait pas d’entretien journalistique. Cy Twombly oriente l’interprétation sans jamais offrir de véritables clés de lecture. Cette liberté fait toute la puissance de l’œuvre. Plus que jamais l’idée duchampienne affirmant que le spectateur fait l’œuvre se vérifie.

Alors certes, le visiteur cabré n’y verra que gribouillis et moqueries, mais s’il est curieux, il apercevra la richesse qui se cache derrière ces recherches chromatiques. Puissance du mot, mythologie, études du geste et justesse d’une couleur traitée avec brio transparaissent dans cette rétrospective. Ces œuvres sont magnifiques, oubliez vos a priori et laissez-vous porter !

Cy Twombly, jusqu’au 29 janvier 2017
Centre Pompidou, 75191 Paris cedex 04
Plein tarif : 14€ – tarif réduit : 11€

Il doit impérativement être pris en compte que le rendu numérique n’a absolument rien à voir avec la réalité.

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