Dans l’impasse, Brian de Palma envoie Al Pacino à la conquête d’une vie nouvelle, pleine d’amour et loin de New-York. Mais peut-on fuir sa propre nature ? Dans une ville changée où « un service te tue vite qu’une balle » Carlito Brigante va désespérément tenter de s’en convaincre.

Sorti en 1993, L’Impasse (Carlito’s way), narre les turpitudes de Carlito Brigante, gangster portoricain repenti, luttant farouchement contre sa nature profonde. Après avoir purgé cinq années de prison, Carlito, avec l’aide de son ami et avocat, David Kleinfeld (Sean Penn, incroyable en avocat véreux), parvient à bénéficier d’un non-lieu pour cause d’écoutes illégales. Libéré vingt-cinq ans avant l’heure, Carlito est bien décidé à ne plus replonger. En ligne de mire, un rêve, simple et accessible : une affaire de location de voitures aux Bahamas. Pour cela, il lui faut réunir la somme de soixante-quinze milles dollars. Grâce à ses anciens contacts, Carlito trouve une place de gérant de night-club qui lui assure un revenu décent et légal. Mais c’est sans compter sur ses vieux démons, ses anciens amis et la sauvagerie de la rue.

L'impasse
© United International Pictures (UIP)
L’impasse : De fatalité et d’amour

Carlito Brigante a de grands yeux expressifs, les yeux d’un homme qui, au moment où la vie lui échappe, comprend le poids de la fatalité. La scène d’introduction de L’Impasse, c’est aussi sa fin. La fin d’une vie et la fin d’un film. Pas de couleur, si ce n’est un bleu métallique qui submerge tous les éléments présents ; la blouse blanche du médecin, les néons blafards du métro et le visage baigné de larmes de Gail (Penelope Ann Miller), car L’Impasse, c’est aussi un film d’amour. En fond sonore, la musique de Patrick Doyle développe un thème dramatique et romanesque qui donne d’emblée au film différents degrés de lecture. Puis intervient la voix rauque et profonde d’Al Pacino, qui nous accompagnera tout au long du film. « Je n’ai pas peur » affirme son personnage face à la mort. La caméra virevolte une dernière fois avant de se poser sur une affiche, seule touche de couleur dans la nuit bleutée et représentation kitch du paradis auquel Carlito n’aura jamais droit. Le film de Brian de Palma est avant tout un film sur la fatalité, ou comment un homme qui a décidé de changer ne peut échapper à son destin.

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© United International Pictures (UIP)

Au moment du tournage, le réalisateur de Scarface est en plein dans la tourmente. En l’espace de deux ans il a connu un mariage, la naissance d’un enfant et un divorce. Brian de Palma s’identifie au personnage de Carlito Brigante, incapable de concilier son travail, véritable sacerdoce, et l’amour qu’il porte au personnage de Gail. Il s’attache à décortiquer les raisons de cette incompatibilité à laquelle le film, par sa noirceur, répond de manière ambigüe.

De l’impuissance d’un homme face à son destin

La scène du tribunal, dans laquelle Brigante affirme à la cour qu’en aucun cas il ne saurait mettre en cause l’environnement familial comme facteur de son égarement, apparait comme une tentative de se convaincre qu’un homme est responsable de ses actes, seul capable d’infléchir son comportement. Il va pourtant très vite s’apercevoir que la seule chose qui a véritablement changé, c’est le monde qui l’entoure. En ce sens, le film de Brian de Palma est une ode à la nostalgie, celle d’un New-York crapuleux, avec ses règles et ses coup-bas. Un monde que Carlito Brigante comprenait et qui aujourd’hui le rejette. C’est finalement cette incapacité à s’adapter qui aura raison de lui. Le personnage de Sean Penn incarne à merveille cette évolution que Brigante n’a pas su prévoir. D’avocat et ami, il devient gangster puis tueur précipitant la chute de Carlito. Et quelle chute !

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© United International Pictures (UIP)

Le final du film, une course poursuite d’une vingtaine de minutes dans la gare de Grand Central, est une merveille de réalisation. Film dans le film, l’utilisation du plan séquence dans lequel De Palma est passé maître atteint ici son apogée. Le spectateur assiste impuissant à la tentative désespérée d’un homme qui, bien que condamné, tente d’infléchir son destin. Et c’est à la suite d’une énième trahison que Carlito Brigante se fera abattre. Lui, qui aurait préféré mourir plutôt que de trahir, a vu tous ses amis le « donner » à tour de rôle. Seul le personnage de Gail restera à ses côtés jusqu’au bout. A travers le personnage féminin, Brian de Palma renforce le côté shakespearien du film en superposant aux thèmes de la fatalité et du destin celui de l’amour salvateur et impossible. L’impasse est donc un film noir, triste et empreint d’une profonde nostalgie. Nostalgie d’une époque révolue et d’une innocence perdue.

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