Au royaume des truands, l’argent est roi. Un adage classique qui sied bien à Money. Rendant hommage aux films noirs français des années 70, Gela Babluani – réalisateur de  13 Tzamati – parvient à réaliser un thriller efficace qui respecte les codes du genre sans toutefois atteindre la profondeur de ces précédents films (L’Héritage ou le remake américain de 13 Tzamati, 13 ). Il exploite parfaitement son casting dans ce jeu du chat et de la souris qui ne souffre d’aucun temps mort.

Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement.

Les personnages du film gravitent, tels des planètes, autour de ce thème fiévreux qu’est la cupidité, ici représentée par une valise remplie d’argent, point de convergence de toutes les motivations. Cette narration héliocentrique empêche les personnages de se détacher de leur avarice, les obligeant à retourner sur les lieux de leur méfait au risque de se bruler. Les petits braqueurs comme les hommes de pouvoir sont ainsi traités sur un pied d’égalité, tous aussi salauds les uns que les autres. Cette approche unilatérale de ces deux univers marche à double tranchant dans Money. D’un coté, il permet au réalisateur de maitriser son espace et son temps – l’action se déroulant au cours d’une seule nuit dilaté et se concentrant autour de la maison où se trouve la valise – pour mieux rediriger l’intrigue. De l’autre, il dessert l’âme des personnages, relégués en rôles fonctions archétypaux, ce qui empêche tout attachement empathique. Le trio, que forme les 3 braqueurs amateurs, n’a pas d’existence propre malgré l’honnêteté de leurs interprètes (Vincent Rottiers, George Babluani et Charlotte Van Bervesselès). Il ne fonctionne que lorsqu’ils sont opposés face à Louis-Do de Lencquesaing, impeccable en homme politique véreux qui n’a plus rien à perdre. Cette faiblesse d’écriture n’encombre en rien l’ambiance du film que Gela Babluani parvient à mettre en scène avec calme et précision. Il prend le parti salutaire d’un découpage fixe et composé, évitant le cut frénétique – qui fait défaut à beaucoup de films d’actions contemporains – que les 2 points d’orgue du film illustrent, le gunfight final et la séquence du train. Laissant alors son récit avancer intrinsèquement, il s’amuse à ajouter une dose d’humour noir par l’ironie de certaines situations – la première rencontre entre les braqueurs et l’homme politique – et l’interprétation de Benoit Magimel, homme de main sans état d’âme aux dialogues désabusés similaire au rôle de Billy Bob Thornton dans la première saison de la série Fargo.

Ce sel d’humour et son ambiance pesante permettent à Money d’être un bon thriller sans prétention, ce qui en fait sa force. La limpidité de sa mise en scène et de sa narration font oublier les manques d’enjeux du scénario. Gela Babluani confirme qu’il est à l’aise parmi les truands à la petite semaine.

https://youtu.be/MH4_9O7NR_0

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