C’est un mariage d’amour qui se déroule sous nos yeux dans Le Musée des Merveilles (Wonderstruck en anglais). L’union entre l’écrivain et scénariste Brian Zelnick (scénariste et auteur d’Hugo Cabret) et le réalisateur britannique Todd Haynes – deux artistes atypiques – qui à l’instar des deux enfants du film, vont proposer  une quête cinématographique, loin de tous les dogmes narratifs en vogue.  Avec à l’arrivée, un film sur la puissance évocatrice originelle du cinéma, remède à tous les maux.

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

New York, ville cinéma

Un petit bateau de papier lancé sur une mare agitée par une petite fille, ou il est écrit Help me : une image qui se désigne comme l’allégorie du nouveau film de Todd Haynes, tant son Musée des merveilles pourrait tenir sur le papier bancal.  En adaptant le livre de Brian Zelnick, Todd Haynes fait face à un défi de taille : reconstruire  le New York des années 20 ainsi que celui des années 70 pour narrer les voyages initiatiques de Rose et Ben, deux enfants sourds, en quête d’identité. Deux temps de cinéma distincts dont s’empare Todd Haynes pour y insuffler tout son génie. Mais loin d’un simple calque des codes du cinéma muet ou de la blackploitation (la séquence de l’arrivée de Ben à Harlem tout en musique et à l’image moite), le réalisateur, un grand artificier du rêve, se laisse aller à un vrai fantasme de cinéaste, laissant ces codes parler d’eux mêmes. Celui à qui on avait reproché d’être trop lisse dans Carol –  mauvais procès d’intention car ce satinage sublimait l’interdit de l’histoire d’amour – prend ici de la hauteur lorsqu’il filme le monde à hauteur d’enfant, ne cherchant jamais l’exubérance ou le démonstratif gratuit. Il convoque aussi bien Spielberg que Chaplin,  Gordon Parks que Zemeckis, lorsqu’il filme New York, ses quartiers et ses habitants. Le musée de son titre, c’est cette ville et les promesses qu’elle peut apporter à la quête de ces deux enfants qui trouveront le point de convergence de leur parcours au musée d’histoire naturelle de New York autour d’une météorite. Les passerelles temporelles se font ici au montage et à la musique – sublime score de Carter Burwell – qui s’affranchissent de toute cloison narrative pour rythmer l’aventure des enfants. Ce procédé, qui avait déjà fait merveille dans I’m Not There, demande la confiance totale du spectateur et ne serait que trompe l’œil si elle n’était pas au service d’une histoire plus poignante qu’elle n’en a l’air.
©Le Musée des Merveilles

Un voyage intérieur

«  Nous venons tous du caniveau mais certains regardent vers l’étoile ». Cette phrase, citée tout au long du film, agit comme motif « dickensien » dans le cœur des deux enfants qui tentent d’échapper à leur condition. Rose cherche sa mère, célèbre actrice du cinéma muet ; Ben, orphelin, cherche son père disparu. Avec, comme toile de fond, la surdité qui les empêche de comprendre le monde. Cette quête d’identité est avant tout  un combat contre la maladie, contre le désespoir de se faire entendre. Dans leur univers aphone, Brett et Rose cherchent avant tout une place dans une réalité bruyante qu’ils n’entendent pas. Le travail de Haynes et de Zelnick, pour nous faire ressentir leurs cris intérieurs, passe par un récit épuré de tout dialogue explicatif, où chaque son a valeur d’information – pour eux comme pour le spectateur. Les décharges émotionnelles qui se dégagent des différentes rencontres qui jonchent leur parcours sont une merveille à regarder, tant elles font appel à matrice psychanalytique universelle où regards, écrits et silence se conjuguent. Jouant sur les nombreuses facettes de leurs protagonistes – dont une Julianne Moore incroyable dans un double rôle troublant – ils nous amènent à la révélation finale, bouleversante ou passé et présent  font la jonction avec le cinéma comme passerelle via une séquence de fin qui fait penser à Wes Anderson – l’émotion en plus. L’onirisme narratif représenté par le carnet aux merveilles des personnages MacGuffin du film est la réponse proposée par Todd Haynes à tous les rêveurs.
©Le Musée Des Merveilles
Alors que suites et autres remakes semblent être le nouveau credo d’Hollywood, Todd Haynes parvient, à chacune de ses œuvres, à faire un cinéma iconoclaste qui accomplit son rôle d’échappatoire. Porté par Oakes Fegley (vu dans Peter et Elliot le Dragon)  et Millicent Simmonds dont c’est le premier rôle, Le Musée Des Merveilles est une déclaration d’amour à l’enfant qui sommeille en nous, employant le cinéma comme thérapie purificatrice
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