Errance ou perdition ? Paris ou ailleurs ? Bohême ou rangée ? Ce sont toutes ces questions qui vont tanguer dans l’esprit du personnage de Jeune Femme, premier film écrit et réalisé par Léonor Serraille, Caméra d’Or au dernier festival de Cannes. Suivant pas à pas le destin de cette femme qui doit se reconstruire, le film épouse littéralement son actrice pour ne faire plus qu’un avec elle. Et occulte tout le reste.
Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache.
La première partie du film est à l’image de son premier plan, percutante et happante.  Paula se retrouve sans préavis éjectée de son appartement par son compagnon. Habituée à vivre à ses crochets, elle se retrouve sans ressource dans un Paris froid où les regards se détournent sur son passage et les gens se croisent sans se voir. C’est que Paula n’est pas facile à vivre. Antipathique, grande gueule, honnête, elle n’attire pas la sympathie au premier abord, mettant des coups pieds dans la fourmilière et rejetant ceux qui veulent l’aider. Il faut la voir monologuer face à un interne des urgences pour comprendre que Paula est finalement entière et riche d’émotions, à la recherche de quelqu’un à qui se confier. Cette corde émotionnelle bipolaire – à l’image de ses yeux vairons – aurait pu faire de Jeune Femme un Inside Llewyn Davis à la française, avec Paris comme métaphore de la solitude urbaine. D’autant qu‘on y retrouve un personnage de chat-guide très cher à James Joyce.
©Jeune Femme
©Jeune Femme
Mais la réalisatrice préfère enchainer une séries de vignettes – tantôt  comiques (il est vrai que les dialogues sont exquis) tantôt dramatiques sans jamais vraiment fondre Paula dans son environnement. Une mise en scène en grande partie trop sage (caméra à l’épaule collant le personnage), et un scénario qui tire en longueur (coupez-moi donc ces films trop longs !) rendent le tout hétérogène. Reste alors Lætitia Dosch qu‘on avait déjà remarquée dans la Bataille de Solferino. Le film se noue autour d’elle à travers une performance sans fausse note. Mélange de Gena Rowlands et de Shirley MacLaine, elle envoûte la caméra – et nous avec – dans une énergie burlesque et spontanée qui redonne des couleurs à un univers morose. À travers cette palette de nuances de jeu qui se refuse tout défaitisme, à grand coups de bousculades et d’engueulades, le film trouve ses plus beaux moments et parvient à nous faire oublier le manque de direction narrative.
Dans ce parcours de femme qui s’émancipe amoureusement pour trouver sa voie, Léonor Serraille déclare la flamme qu’elle porte pour son actrice. Lætitia Dosch est le film, le film devient elle. Cette mutation qui se développe devant nos yeux fait de Jeune Femme avant tout une performance d’actrice.

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