La ville de Columbus peut, à s’y méprendre, ressembler à  Twin Peaks – les meurtres en moins – tant elle dégage un air de sérénité. Mecque pour tous les amoureux de l’architecture américaine, elle va être le théâtre de la rencontre des deux personnages en proie au doute. Le réalisateur Kogonada – venu de la vidéo –  narre avec poésie et maitrise l’intimité de cette relation  avec, en toile de fond, le poids de l’héritage familial dans ce très beau film épuré qui renvoie au cinéma de Jim Jarmush.
 Alors que son père est dans le coma, Jin se retrouve coincé dans une curieuse ville du Midwest, renommée pour ses immeubles disparates et modernes. Bien qu’il ne s’intéresse pas particulièrement à l’architecture, Jin se prend d’amitié pour Casey, une jeune femme pleine de vie travaillant à la bibliothèque municipale (afin d’éviter de faire face à l’université et à son futur), qui lui montre les merveilles de la ville.
Jin tente de s’émanciper de son père, célèbre professeur d’architecture,  en  refusant de se rendre à son chevet. Casey, passionnée d’architecture, hésite à partir de Columbus pour prendre son envol, culpabilisant de quitter sa mère, ancienne junkie. Séparés dans un premier temps dans cette ville chargée d’histoire, ils vont marcher côte à côte dans le même cadre pour tenter de trouver une réponse à leurs doutes. Kogonada laisse ses personnages guider la mise en scène qui raconte plus qu’elle n’essaie de montrer. Usant intelligemment de la profondeur de champ et travaillant avec soin la composition de ses plans, il fait ressortir les non dits que s’imposent Jin et Casey, afin de réfléchir sur la manière dont ils perçoivent le monde qui les entoure et les messages cachés qu’ils dissimulent. Les bâtiments des grands maitres de l’architecture américaine et les secrets de leur élaboration mettent en abîme les fissures profondes que les protagonistes tentent d’énoncer. Bavard dans ses dialogues, le film donne forme aux silences qui deviennent éloquents au fur à mesure que Jin et Casey se confient. Ce dispositif simple et travaillé renvoie aussi bien à Stranger in Paradise de Jim Jarmush qu’au cinéma d‘Hirokazu Kore-eda – le réalisateur japonais de Nobody Knows et Still Walking – que Kogonada cite avec respect. L’émotion qui se dégage n’est jamais forcée et permet aux comédiens – en particulier Johnny Cho qui trouve là son premier grand rôle dramatique – de rendre poétique son récit sur la difficulté de se détacher de ses responsabilités, sans jamais atteindre l’hystérie et le larmoyant. La conclusion du film est à elle seule une raison de se laisser porter par Columbus tant le déchirement sincère que traverse Casey – Haley Lu Richardson magnifique – est universel et source d’identification.
Columbus fait partie de ces films qui se ressentent, poussant le spectateur à aller au delà de ce qui lui est présenté. Associant parfaitement le fond et la forme, Kogonada permet à ses comédiens de distiller leur palette de jeu dans ce premier long métrage qui laisse s’exhaler un parfum de plénitude cinématographique.
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