Prix de la SACD à la dernière Semaine de la Critique, Ava narre avec force  la recherche du désir.  Léa Mysius – dont c’est le premier long métrage- dessine un portrait haut en couleur d’une jeune fille même si on peut regretter un scénario peu nuancé.
Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…
Marchant dans les pas de Cécile Sciamma ou Justine Triet, Léa Mysius (co-scénariste d’Arnaud Desplechin sur Les Fantômes d’Ismaël) fait écho aux grands films français qui ont traité cette question. Ainsi Ava invoque le culot des Quatre Cents Coups de François Truffaut, la rébellion de l’Effrontée de Claude Miller et la quête d’identité sexuelle de À nos Amours de Maurice Pialat. Mais ces références, qui auraient pu faire du film une bonne copie des grands maitres, sont justement gommées par la force de caractère du personnage principal. Ava – qui semble signifier Je désire – est une battante qui ne veut pas succomber au désespoir des ténèbres que suscite sa maladie mais va se battre pour regarder une dernière fois la lumière afin de vivre pleinement. Car c’est bel et bien de la peur de l’obscurité que traite Léa Mysuis dans son film. Qu’elle soit psychologique à travers des séquences de cauchemars plutôt effrayantes ou sociétal via la métaphore des policiers à cheval qui rodent dans l’ombre des protagonistes, l’obscurité  est ici synonyme de fin de civilisation, comme l’énonce un dialogue très prophétique.
©Ava
©Ava
Ava se lance dans sa quête de lumière, s‘affranchissant des mœurs pour devenir une amazone sexuelle et anarchiste accompagnée par  un jeune gitan et son chien noir qui lui permettront de passer outre sa malédiction. La réalisatrice est parfois peu subtile dans son traitement des relation qui entourent Ava – le personnage de la Mère incarnée par la pétillante Laure Calamy manque de souplesse – ou dans son approche frontale de la nudité juvénile. Mais elle reste maitresse d’un récit qui ne souffre d’aucun temps mort, aidée par la photographie du chef opérateur Paul Guilhaume, utilisant un 35 mm qui souligne la teinte crépusculaire du film à travers ses couleurs chaudes saturées.
Si la dernière partie du film semble s’éloigner du postulat narratif initial  – une séquence de cambriolage lors d’un mariage tzigane – Léa Mysuis peint dans Ava le portrait d’une héroïne des temps modernes incarnée avec force par la toute jeune Noée Abita dont c’est le premier rôle. Son sourire et son regard marqueront l’esprit du spectateur dans se conte solaire qui se refuse à tout misérabilisme.