L’attente était de taille. Avec son double prix au dernier Festival de cannes 2017 (Prix du scénario et Prix d’interprétation masculine pour Joaquin Phoenix), A Beautiful Day avait suscité l’attente démesurée des cinéphiles. Puis on s’est souvenu que la réalisatrice, Lynne Ramsay, avait réalisé le pompeux I Need to Talk About Kevin et une légère crainte est soudainement apparue. Confirmée après  le visionnage de cet accident cannois qu’on n’avait pas vu venir.
 La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…
Dès les  premiers plans, on veut faire machine arrière : gros plans montés en insert qui s’enchainent, des cris, du sang, voix off qui décompte, un homme qui tente de s’asphyxier… rien au premier abord est agréable car décousu sans raison. Puis on découvre que cet homme c’est Joaquin Phoenix (qui ressemble à son alter ego caricatural d’Im Still There, le second degré en moins, hélas), un homme de main qui éclate des mauvaises personnes au marteau, on se sait pas trop pourquoi, et qui a des sérieux problèmes avec la réalité qui l’entoure. Ça aurait été même intéressant d’en rester là, que cette violence soit comme une toxine qui prendrait son origine dans le réel. Malheureusement la réalisatrice préfère nous mettre des flashbacks subliminaux relatant le passé de cet homme-marteau pour bien enfoncer le clou du passé traumatique. L’enfant martyrisé est-il une bête sauvage en devenir ? Lynne Ramsay en est convaincue. Confondant problématique et scénario, la réalisatrice ne parvient même pas à argumenter cette thèse, à la faire vivre, se complaisant dans l’exercice de style via une profusion de plans iconoclastes mais vides de sens. Se perdant dans des références (plagiat?) allant de Psychose, – pour la psyché du personnage via celui de la mère, posé gratuitement comme ça – au marteau d’Old Boy jusqu’à nous faire avaler une « trame »  à la Taxi Driver au  second acte du film, dans une relation protecteur/protégé auprès d’une adolescente. Avec la réalisatrice comme conscience morale. Mais elle commet une erreur fondamentale au cinéma : le contexte.
©A Beautiful Day
Jamais le spectateur n’aura la queue d’un fragment contextuel qui lui permettrait de comprendre les motivations du personnage principal. Nous nous  retrouvons plutôt à fantasmer sur le passé de cet homme vide de tout – en particulier de caractère – plutôt que de nous intéresser à l’action présente. Et ce n’est pas la mise en scène maniérisme, violente sans raison, qui se targue d’être « cinéma » alors qu’elle n’est que posture et bruit.  D’ailleurs, le film parvient à ce que chaque son soit insupportable – les respiration et autres suffocations – et blasphème suprême, à rendre la bande son de Johnny Greenwood  caduque. Souligner, en 2017, la folie du personnage par des bruits de scies stridents chaque fois que celui-ci apparait dans le cadre, cela mérite en effet  le prix du meilleur scénario. Joaquin Phoenix, livré à lui même, sans indication ni direction, tente de se démarquer de ce non film par un jeu à la russe. Il n’est sauvé que par le charisme de sa barbe de trois ans et certains regards dont il a le secret.  Heureusement, dans cette 1h30  – qui semble en durer 4 – une séquence parvient à ne pas nous faire hurler au remboursement lorsque Lynne Ramsay filme une scène d’attaque déstructurée (son qui déraille, caméras de surveillance aux coins de l’image) qu’on apprécie à sa juste valeur.
Odyssée d’un homme halluciné, A Beautiful Day est surtout hallucinant par sa vacuité narrative. On se posera longtemps la question de savoir comment cette bande démo a pu recevoir le prix du scénario à Cannes tant la réalisatrice fait une parodie – presque une farce – de ce qu’est le pyschomovie américain. Et donne à Joaquin Phoenix son rôle le plus « oubliable ».

 

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