Critique : « Where to invade next », un documentaire de Michael Moore

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Where to invade next

Avec Where to invade next, Michael Moore se sert de l’ironie pour dissimuler une réflexion malheureusement très schématique, lacérée de raccourcis ridicules. Décevant. 

Michael Moore décide de se rendre dans différents pays Européens pour les envahir et récupérer ce qu’il rencontre de mieux en chacun. Du système carcéral Finlandais à la légalisation des drogues Portugaise, le réalisateur nous fait voyager dans son meilleur des mondes à l’Européenne.

Humour et statistiques

Si le documentaire n’est pas une réussite, il est nécessaire de souligner que Michael Moore maîtrise l’humour comme un roi. On pourrait même croire, par moments, qu’il se moque de ses propres techniques d’argumentation. Comme lorsqu’il arrive en Finlande, et qu’il présente les Finlandais comme « ceux ayant inventé les championnats d’Air guitar ou le sport qui consiste à jeter son portable ». Cette ironie à la fois légère et cinglante permet d’alléger le ton classique qu’on attendrait d’un documentaire. On en apprend beaucoup, notamment sur le taux de récidive très faible en Finlande (de 20% seulement comparé aux 80% des Etats-Unis), l’importance du bonheur pour les enfants dans l’éducation Norvégienne (qui a banni les devoirs de ses classes), le nombre de congés payés en Italie (52 contre 15 aux Etats-Unis), le nombre impressionnant (plus de 40%) de femmes dans les conseils d’administration en Islande… C’est enrichissant, mais malheureusement très pervers dans l’argumentation qu’est celle de Michael Moore.

Binarité argumentative

Ces arguments statistiques, indéniables, donnent un appui rassurant et indiscutable à une réflexion, qui n’est souvent qu’un amoncellement de ses propres idées politiques. Michael Moore prend des exemples uniques pour justifier ses points de vue et en faire des théories générales : en France, il filme une cantine modèle où la nourriture est exquise (quel français pourrait dire le contraire…) pour en faire une généralisation schématique. Aux Etats-Unis on mange de la bouillie de Fish & Chips et en France, de la gastronomie trois étoiles assortie de camembert et de pain frais. De même, les Etats-Unis seraient retournés au stade de la traite des noirs en privant les prisonniers (majoritairement noirs) de leur droit de vote. Les faits sont justes, mais le raccourci schématique.

Tout le documentaire se fonde sur cette ligne très fine entre ironie distanciée et éloges exagérées. Italiens et Français sont présentés comme d’éternels amoureux en vacances perpétuelles, les tueurs Finlandais comme de gentils nounours (en oubliant les 20% de récidive précédemment cités), les femmes Islandaises comme l’élément salvateur privilégié pour éviter la perdition bancaire et sociale (provoquée par de méchants hommes pleins de testostérone)… On est d’accord sur le fond, mais la forme soulignée au marqueur gras laisse pantois et décridibilise malheureusement certaines idées vraiment puissantes.

En prenant pour appui des épiphénomènes qui justifient ses vues personnelles, Michael Moore mine sa propre argumentation. En la schématisant, il lui enlève toute la force qu’elle aurait pu avoir. Et c’est bien dommage.

https://youtu.be/jEHSevRzUgo

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