Valley of Stars –A Dragon Arrives- laisse une drôle d’impression. Entre frustration intense et satisfaction mesurée. Tout comme il oscille dangereusement entre documentaire et fiction. 

Nominé dans plusieurs catégories aux Berlinales 2016, Valley of Stars se déroule en 1965, Iran, au lendemain de l’assassinat du premier Ministre. La police secrète du Sha envoie l’agent Babak Hafizi (Amir Jadidi) sur l’île de Qeshm enquêter sur le mystérieux suicide d’un opposant au régime exilé. Rapidement, le détective fait face à un univers mystérieux. Une épave au beau milieu d’un cimetière hanté dans le désert, et des habitants peu accueillants. Après un premier incident, il revient avec un géologue (Homayoun Ganizadeh) et un ingénieur du son (Ehsan Goudarzi) pour découvrir ce qui se cache dans la zone.

Un film à deux vitesses

Copyright Happiness Distribution

Inspiré d’une histoire vraie, Mani Haghighi choisit d’en rajouter une couche en alternant aux images de fiction un simulacre de documentaire. Plusieurs plans sont donc destinés aux recherches menées pour retrouver les archives de cette histoire. La perte de repères pour le spectateur est savamment orchestrée. Coupures, temporalité chaotique, témoignages documentaires… Le faux ne se détache rapidement plus du vrai. Si l’on comprend rapidement l’objectif visé, celui-ci ne méritait peut être pas de casser autant le rythme du film. D’autant plus que le contraste formel opéré entre fiction et documenteur s’impose un peu trop.

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Une forme peu courante dans le paysage du cinéma iranien

Il faut dire que le film souffre de l’étiquette « cinéma d’auteur iranien » pour nous occidentaux. Difficile de ne pas songer à Abbas Kiarostami, Jafar Panahi ou l’omniprésent de ces dernières années Asghar Farhadi. Pourtant, ce film ne tient ni de ceux là, ni d’autres. Ni encore du précédent Men at Work du même auteur, qui signait avec Kiarostami à l’écriture une comédie dramatique paradoxalement réaliste et burlesque. Ici, c’est une forme classique qui s’invite, ouverte à un public plutôt large, amateur de cinéma d’auteur, de biopic hollywoodien, ou encore de thriller fantastique. Un entre-deux ouvert au monde qui ne sait rapidement plus sur quel pied danser. Passé fantaisiste à la photographie vive et parfaite ? Interviews tâtonnantes au présent ? D’autant plus que tout le monde, Haghighi compris, semble bien plus passionné par la fiction qu’il dépeint que par l’inventivité déployée pour faire croire à son éventuelle réalité.

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De la fantaisie

Valley of Stars ne possède pas que des défauts, loin de là. C’est aussi ce qui le rend si frustrant. Le sens des décors et du cadrage crée des les premiers instants un attrait irréversible pour ce style. Photographie parfaite, poésie douce, sans prétention, et assumée comme telle. Des couleurs criardes qui se mêlent aux compositions primales, lourdes et emplies de cris d’animaux. Il y a sans conteste une fantaisie créatrice porteuse dans la forme de ce film, qui prend malheureusement fin au moment où elle devrait décoller. Comme freinée par un pudisme moratoire.

On laissera libre la potentielle interprétation politique de la métaphore du dragon enfoui dans le sol du cimetière. Si ce n’est peut être qu’il incarne à la perfection le potentiel du film, il le fait vibrer, trembler, sans jamais se révéler intégralement.

https://youtu.be/H2p0Nv4-ZUE

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