La Tortue Rouge est un film d’animation réalisé par Michael Dudok de Wit et présenté au festival de Cannes 2016 dans la section Un Certain Regard.

Sur le papier, ce film d’animation à l’ancienne fait rêver : une coproduction Studio Ghibli – qui est à l’origine de l’intégralité des films de Hayao Miyazaki (Mon voisin Totoro, Le Château dans le Ciel, Le Vent se Lève) – et Why Not Production, le très mystérieux studio qui produit le cinéma indépendant français (Honoré, Audiard, Podalydès…), le tout avec une patte graphique absolument sublime et une ambition scénaristique folle… Mais la formule fonctionne t’elle vraiment ?

La Tortue Rouge nous narre l’histoire de la vie – rien que ça – à travers celle d’un naufragé sur une île déserte qui va faire des rencontres entre faune, flore et autres surprises… Le film étant relativement court, préservons les rebondissements et autres éléments de la trame narrative. Mentionnons toutefois un élément qui étonne au fur et à mesure du film : il est intégralement dépourvu de dialogues mais nous gâte en compensation d’une bande son onirique et immersive qui nous plonge dans cet univers si particulier avec maestria. Cette immersion est aussi permise par le beau travail sur une spatialisation de l’île impeccable, ce qui permet au spectateur de connaitre assez rapidement les lieux et de se rapprocher ainsi des personnages. Les dessins sont vraiment magnifiques et rappellent ce que peut proposer Hugo Pratt avec Corto Maltese par exemple. Couplés à une animation impeccable, cela a vraiment fière allure et nous plonge dans une bande dessinée animée très agréable à la rétine.

Entre terre et mer.
Entre terre et mer.

Contrairement aux précédentes productions du Studio Ghibli, ici le surnaturel est placé au second plan et n’est pratiquement utilisé que dans les rêves du personnage; la maturité nous montre un nouveau visage dans le ciel du cinéma d’animation, trop souvent cantonné aux grosses cylindrés Disney ou Dreamworks. Et c’est à cet endroit que le film présente toute sa force mais aussi sa faiblesse : le réalisme – ou le fatalisme – nous plonge dans une mélancolie et une tristesse assez bouleversante. L’histoire qui nous est présentée joue avec les émotions du spectateur, laissé la plupart du temps seul avec ses larmes, car l’absence de dialogues nous fait appréhender les événements de façon beaucoup plus frontale et directe. Son seul défaut est finalement de ne pas avoir réussi à correctement viser son public, car si il s’adresse avant tout aux enfants par son message didactique et son absence de paroles, alors qu’il fait preuve d’une maturité et d’un sérieux dans le traitement de son sujet qui ne convient pas du tout aux plus jeunes, s’adressant cette fois ci aux adultes avec des métaphores imagées subtiles et remarquablement placées. En essayant de tabler sur tous les publics, il faut espérer qu’il ne se perde pas dans les tréfonds du box-office.

Oui il n'y a pas que du sable et de l'eau !
Eh oui, il n’y a pas que du sable et de l’eau !

Malgré tout, La Tortue Rouge reste un très grand film d’animation qu’il faut absolument aller voir en salle à sa sortie pour profiter de son ambiance onirique et se laisser embarquer dans ce voyage exotique et fabuleux réinterprétant l’origine de notre existence.   

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