Tourné dans de somptueux paysages, Theeb propose un western initiatique à la fois touchant, réflexif et plein de surprises, qui développe une maturité passionnante. 

Prix Horizons pour la meilleure réalisation à la Mostra de Venise en 2014 et nominé pour  l’Oscar du meilleur film étranger en 2016, le film se déroule dans le désert de Jordanie, en 1916. Un jeune bédouin, Theeb (Jacir Eid), refuse de quitter son frère Hussein (Hussein Salameh) et le suit lorsque celui-ci est contraint par les coutumes bédouines d’accompagner un soldat britannique. Le jeune Theeb se lance alors sans le savoir vers un contexte géopolitique qui le mènera au devant d’épreuves insoupçonnées.

Copyright Laith Al-Majali
Copyright Laith Al-Majali

Une belle aventure

Dès le début, un poème adressé à Theeb par son père dessine ce que sera la ligne rouge du film : la survie du jeune garçon dans l’environnement hostile du désert et son affirmation. Si à première vue l’odyssée initiatique du passage de l’enfant à l’âge adulte peut inspirer quelques craintes, Theeb parvient vite à les dépasser à l’aide d’un scénario original. Les premiers instants du film permettent de montrer la relation fraternelle et intime de Theeb et Hussein au cœur des traditions bédouines, tandis que l’arrivée du Britannique provoque le début du périple et des rebondissements. L’idée du film pour enfants disparaît en même temps que l’innocence de Theeb, au fur et à mesure que sont dévoilés des tenants politiques inattendus, injectant à nouveau une dose de réalisme froid à un film qui rappellera sans mal l’actualité des pays du Golfe.

Les paysages du désert de Wadi Rum en Jordanie offrent à Naji Abu Nowar et Wolfgang Thaler l’occasion de faire découvrir toute leur diversité et leur potentiel magnifique encore trop peu exploité. Plus qu’une simple présentation de leur beauté, force est de constater qu’il y a dans la mise en scène une vraie passion pour ces lieux autant que pour ces personnages. Le réalisateur à d’ailleurs tenu, malgré les difficultés rencontrées, que ces derniers soient tous joués par des bédouins et donc non-professionnels, si l’on excepte Jack Fox qui incarne l’Anglais. Ce choix offre notamment de très belles prestations pleines de spontanéité qui renforcent l’aspect humain, central dans le film.

Copyright Laith Al-Majali
Copyright Laith Al-Majali

Un Western bédouin

Cet aspect humain se trouve en grand partie incarné par la culture bédouine; neutre au milieu de grands déchirements politiques entre divers puissances, chérissant les valeurs de l’hospitalité et du partage. L’existence du jeune Theeb, bercé dans ces valeurs, se trouve bouleversée par les événements durant le voyage et devra s’adapter au nouvel ennemi. Loin de tout idéalisme, Naji Abu Nowar semble faire l’éloge de ces valeurs humaines et familiales en les opposant à celles des pouvoirs et des patries.

Difficile de ne pas voir Theeb -d’ailleurs revendiqué comme tel- comme un western au Moyen-Orient. Des décors désertiques, aux ceintures de balles en bandoulières, en passant par les fusillades, tout dans le visuel s’y réfère à chaque instant. Les chameaux viennent remplacer les chevaux tandis que les tentes des bédouins succèdent aux tipis. Le format scope renforce encore cette idée en créant un grain vieillot, non dénué de charme, qui rappelle une période de plus en plus révolue. Le contexte, lui aussi, n’est pas en reste : le western se plaisait à se doter d’hommes forts, ici c’est Theeb qui doit s’affirmer en tant que tel malgré son âge. L’avancée technologique, personnalisée par le train, vient ici aussi renverser les traditions et les rapports de pouvoir dans le film, et les luttes esquissées entre Empire Ottoman, indépendantistes et Britanniques, rappellerait presque cette fois le western zapata. Toutes ces idées d’un genre aujourd’hui mort, aux influences italiennes ou japonaises et transposées en Jordanie ont quelque chose d’extrêmement séduisant, d’à la fois nostalgique et novateur.

Pour son premier long-métrage, Naji Abu Nowar livre un film passionnant sur une aventure initiatique. Devant des paysages magnifiques et encore trop peu représentés, une humanité est mise à mal par l’évolution du monde, entre guerres et technologies. En reprenant les codes d’un des genre les plus mythiques du cinéma, Theeb s’affirme comme une oeuvre ravissante qui allie sans peine Orient et Occident à travers une narration originale.

https://youtu.be/7wNs8VW-HVg

1 COMMENT

  1. […] Inspiré par la culture bédouine, Theeb naît d’un tournage éprouvant en plein désert et d’un an de vie commune avec des bédouins. Il nous avait enchanté par son côté « western » et ses paysages magnifiques. C’est donc avec grand plaisir que l’on a pu rencontrer Naji Abu Nowar, sourire aux lèvres et auréolé d’une prestance rassurante. Vous pouvez retrouver notre critique ici. […]

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here