The whole gritty city est un documentaire poignant sur le quotidien difficile de trois marching bands de collèges de la Nouvelle-Orléans.

Le marching band est présenté par le réalisateur Richard Baber comme le seul échappatoire possible pour un certain nombre de jeunes qui tentent de s’extraire de quartiers dangereux. Pendant un an, il suivra donc l’itinéraire des enfants, adolescents, chefs d’orchestres et professeurs qui les composent, les nourrissent et les font vivre. Une longue, très longue année au cœur de cette ville dévastée par l’ouragan Katrina, gangrénée par une violence qui a fait d’elle la plus dangereuse des Etats-Unis : les marching bands deviennent alors une école de la vie pour tous ces jeunes laissés-pour-compte.

© RV Distribution
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Témoigner de la violence urbaine sans misérabilisme

Le réalisateur semble avoir un mis un point d’honneur à ne jamais donner dans le pathos. Sans condescendance, il filme ces jeunes qui composent ces orchestres salutaires dans leur quotidien, un quotidien qui se rythme aux allées et venues des marées de violence urbaine. Grâce à des témoignages poignants, Richard Baber pointe le climat d’agressivité permanente dans lequel vivent ces jeunes en formation : la mort d’un frère assassiné à 19ans, celle d’un jeune de 25 ans qui avait réussi à se sortir du quartier et qui finira par y mourir… Un bilan triste que ces témoignages nous rappellent avec force, mais qui pourtant n’assombrit pas l’ensemble d’un voile misérabiliste.

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Le marching band comme échappatoire salvateur

Le fil conducteur musical permet de soulever le propos et de faire passer un message très positif. La musique des marching bands ponctue tout le film, de la première scène à l’enterrement d’un chef d’orchestre décédé, et nourrit par sa joie les élans vitaux des protagonistes. Richard Baber met un coup de projecteur essentiel sur cette école de la vie insoupçonnée : les chefs de marching bands s’improvisent tour à tour psychologues, prêtres et professeurs. Tous s’accordent en choeur pour dire que les répétitions sont devenues pour eux synonyme de partage, d’écoute et d’inventivité. Les enfants y trouvent une épaule sur laquelle pleurer, un espace pour développer leur créativité mais aussi et surtout un exutoire sain pour échapper à leur dure réalité. La musique pour échapper à la drogue, au crime et aux appels incessants de la rue…

Richard Barber signe un très joli film aux allures de documentaire confidentiel, à la structure réfléchie et au propos poussé : un hymne à la musique, à la joie et à l’espoir. The whole gritty city, ou l’art incroyable de faire pousser des fleurs sur les plus tristes charniers.

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