The Music Of Strangers, Yo yo Ma and the Silk Road Ensemble fait partie des plus beaux documentaires jamais réalisés sur l’espoir, sur la tolérance, sur la grandeur de l’homme et sur la musique. Sorti le 7 décembre dernier et réalisé par l’américain américain Morgan Neville, il restera en salle jusqu’en début d’année. Précipitez-vous, ce petit bijou va transformer vos vies.

Yo yo Ma est un célèbre violoncelliste américain. En 2000, il a l’idée folle de rassembler les musiques traditionnelles des pays jalonnant la route de la soie, route qui relie la Chine, l’Inde, la Perse, l’Afrique et la Méditerranée. D’un workshop où une cinquantaine de brillants musiciens furent invités, a éclos un sublime message de tolérance.

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Yo yo Ma © The Orchad – Urban Distribution

Une véritable tour de Babel

Si le mythe judéo-chrétien raconte que la force et l’ambition des hommes à devenir grands fâchèrent Dieu, l’entente et la pureté des créations du groupe Silk Road Ensemble prouvent bien que l’union et l’acceptation d’autrui permettent les plus belles choses. Il y a seize ans, ces musiciens se sont retrouvés à composer et à improviser pendant une dizaine de jours. Le concert donné à la fin de leur séjour est une pure merveille. Les mots peinent à décrire les frissons, l’émotion et le saisissement qu’impliquent ces collaborations si simples de mélodies. Ils jouent, s’accordent et naît de ces voies multiples une harmonie nouvelle et pénétrante. Ces musiciens ne parlent pas la même langue, mais comprennent tous la musique. Chacun apporte ses traditions, ses revendications et, ensemble, ils parviennent à transcender cette humanité morcelée par les guerres et par les luttes de pouvoirs. Ensemble, ils créaient une musique universelle.

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© The Orchad – Urban Distribution

La musique comme contestation

Le documentaire, en plus de montrer la grandeur du partage culturel, pose la musique comme acteur politique. Le réalisateur se penche sur quelques membres de l’orchestre et traverse avec eux la problématique que peut représenter la culture. Elle peut être envisagée sous la forme d’une tradition et d’un savoir ancestral, que la mondialisation jette aux oubliettes. C’est ce contre quoi lutte Cristina Pato, la délicieuse sonneuse de Gaïta (cornemuse galicienne). La culture est aussi un moyen d’expression et d’ouverture que les gouvernements totalitaires brident. C’est le cas en Iran où la répression est si grande que les artistes sont traqués et forcés au silence. Kayhan Kalhor, joueur de kamânche, a dû s’exiler pour pouvoir continuer à exercer son art. Porteur d’une mémoire artistique unique (il est l’un des derniers à avoir appris à jouer à la manière des anciens), il ne peut plus s’exprimer dans son pays. La culture est également une formidable forme d’exutoire et de partage. Kinan Azmeh est un clarinettiste syrien qui parcourt les camps de réfugiés de guerre pour leur apporter la possibilité de dire leurs tourments autrement. Wu Man est une joueuse de pipa chinoise qui, portée par la musique, a pu échapper au régime maoïste et découvrir le monde… Tant de personnalités marquées par la vie, à qui l’amour des traditions et de la beauté musicale ont permis une émancipation pure et humaine.

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Cristina Pato – Wu Man – Kayhan Kalhor © The Orchad – Urban Distribution

Ce documentaire, s’il permet d’effacer les frontières et de rapprocher ceux qui semblent les plus éloignés, pousse également à réfléchir sur ce qu’est l’art, sur la place de l’artiste dans nos sociétés. La réponse sera apportée par Yoyo Ma. Alors qu’il assistait à un rite africain où des chamanes entraient en transe, il demanda à l’une des villageoises pourquoi tout ceci se déroulait par des chants. Elle lui répondit « parce que ça donne un sens à tout ». La culture donne un sens à la vie, elle ouvre des perspectives incroyables et permet de détruire, par la curiosité et l’intérêt de l’autre, les bêtises et les horreurs dont nous sommes capables. À l’heure où les bilans noirs et pessimistes de fin d’année fleurissent, ce petit bijou redonne foi en la vie.

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