Avec Tempête de sable, Elite Zexer réalise un film presque parfait, où l’équilibre et la justesse sont maîtres. 

Dans un village bédouin, Jalila prépare le second mariage de son époux. Alors que celle-ci se sent humiliée et doit lutter pour conserver son statut de première épouse, elle découvre l’histoire d’amour interdite qu’entretiennent sa fille aînée et un jeune homme du village voisin.

Entre tradition et sursaut

A féliciter en premier lieu : les acteurs. Grâce à leur justesse -autant chez les professionnels que les non-professionnels-, ils rendent compte de la corde tendue entre ces deux extrêmes, la tradition et la modernité, représentées par le père et la fille. Cette corde est justement tendue entre les mains de la mère, Jalila, visiblement plus puissante qu’elle ne le croit. Malgré elle, Jalila transmet les codes et les interdits sociaux de cette société patriarcale, qu’elle pousse, dans le même temps, sa fille à transgresser.

Pour ce qui est de l’image, celle-ci manifeste la volonté première de la réalisatrice d’être la plus juste possible. Les détails des décors, costumes et attitudes sont approuvés par des bédouins, dont l’aide a permis de recréer cet univers. L’image est donc claire : Elite Zexer ne donne pas dans le cinéma de genre, ni dans l’art et essai; la réalisatrice peint un tableau, non pas une dénonciation. Par certains aspects, Tempête de sable tend vers le reportage, d’autant plus que l’histoire est inspirée d’une véritable rencontre.

Un film en suspension

Effectivement, la réalisatrice ne conclut pas : le spectateur a eu le droit à un morceau de vie, un morceau d’Histoire. Tempête de sable présente une société à la croisée entre deux mondes, mais nous ne savons pas, personne ne sait, dans quel sens, ni comment, ni même si, cela basculera. Cet aspect est particulièrement bien travaillé dans la dernière scène du film : la corde a changé de mains, depuis l’aînée jusqu’à la cadette, puis le film se referme -non pas sur lui-même, mais sur le monde. Les relations sont, elles aussi, en suspension : rien n’est prédéfini, rien n’est acquis et l’on oscille entre différents sentiments à la manière d’un funambule.  En suspension également : la question du féminisme. Evidemment que cette problématique résonne en creux durant tout le film, toutefois elle n’est pas abordée selon notre point de vue occidental et n’apporte ni réponse, ni jugement. Elite Zexer fait parler les femmes -un choix résolument féministe.

Copyright Vered Adir
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Tempête de sable est un très beau film. Acclamé en Israël où il a remporté plusieurs Ophirs (l’équivalent des Césars français), il triomphe également à Sundance où il remporte le Grand Prix. Il représente Israël pour les Oscars 2017.

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