Un bon film grand public, adapté du roman de Joseph Joffo, qui met en scène de nouveaux visages, stupéfiants de justesse. Une adaptation sympathique sans être fulgurante. 

France, 1941. Du haut de ses dix ans, Joseph voit s’installer un climat de tension dû à la montée d’Hitler au pouvoir. Pressentant le pire, les parents du garçon organisent la fuite de la famille. Toutefois, pour ne pas éveiller les soupçons, Joseph devra quitter Paris accompagné de son frère aîné, Maurice. Les deux enfants sont alors jetés au travers d’une France déchirée.

Fidélité prudente

Les tribulations de l’auteur et de son frère, racontées en toute humilité, ont su toucher tous ses lecteurs. En adaptant cette autobiographie, Christian Duguay ne s’embarque donc pas dans un projet hésitant. Preuve en est : les beaux moyens mis en oeuvre pour réaliser ce long-métrage. La production est fidèle au Paris, et plus généralement à la France, des années 40 : son style, sa musique, son parlé. Le cadre est donc pittoresque, mais le charme n’enlève pas la lucidité; Christian Duguay n’oublie pas de souligner les tabous que représentent, notamment, la collaboration et l’épuration. Le casting est également attrayant, avec toutefois quelques facilités qui en réduisent l’efficacité. Patrick Bruel en père protecteur est bon – quoique l’on se lasse de le voir dans ce genre de rôles, Elsa Zylberstein est toute en douceur en maman, et quelques autres grands noms du cinéma français s’ajoutent : Christian Clavier, Bernard Campan et… Kev Adams, qu’il est difficile de voir autrement que comme un running gag.

Copyright Thibault Grabherr
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Jeux à point

Ce qui est tout à fait appréciable dans Un sac de billes c’est que Christian Duguay ne cède pas à la facilité de réaliser un « tire-larmes ». Bien des fois on sent poindre l’émotion, mais la scène est assez bien coupée pour que l’on ne sanglote pas à chaque difficulté rencontrée par les enfants : quoi de plus délicat que des enfants, la guerre, la famille qui se fracture ? Là où l’équipe du film fait très fort c’est en dénichant Dorian Le Clech, dans le rôle de Joseph, et Batyste Fleurial, jouant Maurice. Les deux jeunes acteurs sont époustouflants : eux-mêmes ont un certain recul sur les personnages, leur permettant de ne jamais entrer pathos. Un détail cependant : la jeune amoureuse de Jo est jouée par une actrice plus âgée que son personnage et leur histoire d’amour en est rendue presque cocasse -ce qui est dommage car il s’agissait de choisir entre une actrice du même âge ou un amour non avoué et distant.

En résumé, Christian Duguay se débrouille bien, sans trahir l’oeuvre de Joseph Joffo, et sans la transcender non plus. On ne le répétera pas assez : mention spéciale à Dorian Le Clech et Batyste Fleurial qui, véritablement, tiennent le film du bout de leurs jeunes bras.

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