Malgré un casting alléchant et toute la sympathie que l’on prête au duo Jaoui-Bacri, « Place Publique » ne décolle jamais et s’embourbe dans une marée de clichés et de thèmes sous exploités. 

Castro (Jean-Pierre Bacri), autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd’hui, son chauffeur, Manu (Kevin Azaïs), le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie (Léa Drucker), qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène (Agnès Jaoui), sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt cynisme) tandis qu’Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina (Nina Meurisse), qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux. Alors que Castro assiste, impuissant à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d’imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein…

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Qu’est-ce que la célébrité ?

Castro est un Thierry Ardisson sur le retour, cynique et prétentieux, mais portant son manque de confiance en lui comme ombre permanente. Il est sur la fin, confronté aux audiences et à la montée d’une nouvelle génération, symbolisée par un Youtubeur star des réseaux sociaux pressenti pour le remplacer. Sa solitude et ses remises en question viennent s’imbriquer avec celles des autres personnages. Les nouveaux médias paraissent bien loin pour nos protagonistes, qui ont du mal à faire face à l’instantané à cause du temps passé à devenir ce qu’ils sont ou ce qu’ils ont voulu être… Cette réflexion sur le passage du temps et ses effets sur le corps et les idées des protagonistes aurait pu être porteuse si elle n’avait pas été plombée par une écriture pâteuse.

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Stéréotypes et compagnie

Le film est construit autour d’un éventail de personnages caricaturaux : de la serveuse provinciale groupie un peu bête à l’auteur qui évoque une jeunesse sans d’amour en passant par la gauchiste idéaliste, sensible, mais égoïste quand il s’agit de ses proches. Sans oublier, bien sûr, de passer par la case de certains poncifs éculés maintes fois, comme celui de l’éternelle opposition parisiens/provinciaux. Ces stéréotypes, articulés autour de saynettes qui s’enchaînent trop rapidement sans qu’aucune histoire n’arrive à prendre le dessus, empêchent le spectateur de s’attacher à des personnages qui n’ont, finalement, pas assez d’espace pour s’exprimer. Et, comme si cela ne suffisait pas, l’écriture pâtit de blagues désuètes qui ne rendent pas honneur à l’écriture d’antan du duo.

Place publique est une petite comédie qui recycle les idées préconçues que tout un chacun peut se faire de la vieillesse. On est loin des films percutants, malins et fins d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avec cette réalisation de second plan, heureusement rehaussée par une scène finale que l’on voudrait interminable.

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