Entre journal intime, documentaire et essai poétique, Olmo et la mouette est un film puissant, qui fait éclater au sein du huit-clos qu’il met en place de nombreux tabous : grossesse, solitude, relations amoureuses, déchéance de l’acteur… 

Dans le cadre mi-fictionnel mi-documentaire mis en place par les deux réalisatrices, les acteurs Olivia Corsini et Serge Nicolaï se glissent dans les rôles qui sont les leur. Alors qu’il répètent La mouette de Tchekhov, Serge et Olivia découvrent qu’ils attendent un enfant. Olivia est bouleversée par cette nouvelle, tiraillée entre son envie d’être mère, son envie de travailler et ses nombreuses angoisses. Elle prend alors conscience que la frontière entre son être réel et son personnage fictionnel s’avère être plus poreuse que prévu..

Olmo et la mouette
© Epicentre Films
De l’intime sublimé

Etrange dans son format, Olmo et la mouette met en scène avec brio ces deux acteurs en train de jouer leur propre rôle. Dans une dynamique qui se situe entre fiction et documentaire, il les fait évoluer autour du parallèle frappant entre leurs rôles dans la pièce de Tchekhov qui se superpose à la narration. Plus que le rôle d’acteur, c’est le rôle intime qui est central dans le film : filmés en plans serrés, suivis par un cadre tremblant, le huit clos se resserre sur eux comme une mâchoire d’acier et les pousse au bout de leurs problématiques personnelles. Si ce dernier aurait pu être étouffant, il sublime au contraire une réalisation qui, si elle avait été plus aérée, n’aurait pas permis à l’atmosphère d’acquérir cette épaisseur intense.

Olmo et la mouette
© Epicentre Films
Solitude, angoisses, grossesse, couple : Oser le tabou

Et le tour de force effectué par les réalisatrices tient bien en cela : faire de l’étouffement le vase où pourront se déverser tous les non-dits. Olivia en est la carafe principale, remplissant petit à petit ce réceptacle qui ne débordera jamais grâce à la douceur accueillante de son compagnon, Serge, endossant en cela des caractéristiques presque féminines. Elle hurle sa colère quand on lui apprend qu’elle devra renoncer au rôle sur lequel elle travaille depuis 10 ans parce qu’elle est enceinte, quand elle constate l’injustice de porter un bébé qui est le fruit de deux mais n’est le poids quotidien que d’un seul, quand elle pense à la déchéance de l’acteur. Elle réfléchit et constate son immense besoin d’être aimé, par tous, refuse d’évoquer l’infidélité « pour ne pas foutre sa relation en l’air », philosophe et grandit durant ces neuf mois de tournage. Les deux réalisatrices dévoilent cette épopée intérieure avec force, ponctuée par les soubresauts d’une voix off (celle d’Olivia) réflexive et le jeu parfait des acteurs.

Olmo et la mouette
© Epicentre Films

Olmo et la mouette est un film unique en son genre, bercé par des acteurs qui n’hésitent pas à hurler des tensions que tout le monde cache, et une réalisation parfaitement dosée qui parvient à pousser ses personnages au bout de leurs problématiques (et pas des moindres) personnelles. Magistral.

https://youtu.be/-muAAZoHsqg

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