« Notre enfant », « Una especie de familia » en espagnol, s’attaque aux problèmes liés à l’adoption en Argentine. A l’aide d’une mise en scène cadrée qui mélange road-movie et thriller, Diego Lerman donne de la force à son propos en ne prenant aucun parti pris. 

Malena est médecin à Buenos Aires. Après une longue démarche d’adoption, elle se décide à traverser les 800km qui la séparent de son enfant à naître. Arrivée sur place, elle apprend que la famille de l’enfant a posé de nouvelles conditions…

Itinéraire de la détresse

Centré autour de la mère adoptive, Malena, campée par une Bàrbara Lennie toujours plus formidable, Notre Enfant ne prend pas le temps d’expliciter les motivations qui poussent ses personnages. Malena se retrouve face à une mère (Yanina Ávila) qui souffre de laisser son bébé à cette inconnue. La mafia, bien installée dans le vide gouvernemental des provinces rurales, profite de la détresse financière de l’une et de la détresse émotionnelle de l’autre. On se raccroche à cette femme aisée qui suit son cœur aveuglément, faisant fi de tout sens moral, prise en étau entre son désir d’enfanter mis à mal par une fausse couche récente et les difficultés dont elle est victime. A l’opposé de l’image de la femme forte qui se dresse face aux aléas, elle plie peu à peu sous les pressions et sa fragilité à fleur de peau donne au film toute sa sensibilité.

Dire la souffrance sans pointer du doigt

Sans jamais expliciter quels sont les liens de certains personnages avec la mafia et sans, non plus, creuser dans le détail la vie conjugale de Malena, Diego Lerman sème ses indices sans en dire trop. Pas là pour pointer les responsables, il laisse le spectateur tirer les conclusions qu’il voudra. On imagine que beaucoup trouvent leur compte dans ce marché sordide et rendu à moitié légal par quelques accointances. Les riches parviennent à adopter dans un pays où le système rend cela quasi impossible, tandis que la mafia leur ponctionne un peu d’argent qu’ils redistribuent ensuite à une population complice. Notre Enfant, s’il soulève ces problématiques, préfère se concentrer sur les victimes d’un tel système : deux femmes, encore une fois. Mises à mal par un capitalisme cynique et faussement bienveillant.

C’est dans ce positionnement critique que le film prend son envol, et les questions sociales qui doivent se poser s’imposent clairement malgré l’apparente objectivité du réalisateur. Sans briller par une forme percutante, il a le mérite de donner au spectateur matière à réflexion.

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