« Manhattan Stories », premier long-métrage de Dustin Guy Defa, est de ce genre de films qui se font de plusieurs histoires sans liens. De différents habitants de Manhattan se dégagent un rythme, une partition de jazz à la fois cynique et mélancolique qui tresse entre ses protagonistes une dentelle de la mégalopole : en résulte une narration sans fil rouge et chaleureuse.

Manhattan, Benny, trentenaire bon vivant et fan de vinyles se met en quête de récupérer un album rare de Charlie Parker. Il doit aussi gérer la déprime de son coloc Ray qui regrette d’avoir posté par vengeance des photos de son ex-copine nue sur le net. Claire, apprentie en journalisme judiciaire, passe sa première journée aux côtés de Phil, journaliste d’investigation aux méthodes douteuses qui fait tout pour impressionner sa nouvelle coéquipière. Leur enquête les mène chez un vieil horloger, Jimmy, qui pourrait bien tenir les preuves d’un meurtre. Pendant ce temps, Wendy, lycéenne désabusée, réalise qu’elle s’éloigne peu à peu de sa meilleure amie, qui ne partage pas sa façon de voir le monde.

Une narration déliée

Sans que tous les personnages ne se croisent vraiment, et même s’ils semblent liés par quelques aléas, le film trace l’esquisse d’un point de rencontre : l’énergie de Manhattan. Ce lieu où cohabite une population à la fois aisée et désabusée, où le spleen cohabite avec la fête, la musique et les poursuites en vélo. Ce faible lien pourrait ralentir par moments le films, mais il vient, au contraire, souligner les écarts importants qui espacent les rythmes de chacun. C’est à peine si l’on n’imagine pas chacun d’eux comme un instrument au sein d’un orchestre,  clamant sa personnalité dans l’immensité bruyante de la ville.

Cynisme et vulnérabilité

Pince-sans-rire, Manhattan Stories distille son humour par petites touches cyniques. Le temps s’écoule de la même vitesse et pourtant différemment entre Jimmy, vieil horloger tranquille, Claire, stressée par un job sous tension, et Ray, allongé sur son canapé et poursuivi par le frère de son ex-copine. A l’instar du film tourné en 16mm et de la chemise bariolée de Benny, l’univers développé par le réalisateur se teinte d’une petite pellicule vintage comme on aime à imaginer New-York. Un mélange de bobo et de bon-vivre, de petite vie tranquille et d’hyperactivité .

On se plaît à se reconnaître un peu dans chacun des personnages, dont les acteurs parviennent à transmettre, chacun, une couleur de sentiment. Michael Cera écope une fois de plus de ce manque de confiance en soi caché bien maladroitement, Tavi Gevinson de la difficulté de se comprendre soi-même et ses émotions et Bene Coopersmith de l’attitude la plus cool de l’univers, si cool qu’on aimerait bien le croiser au détour d’une boutique de vinyles. Sans effacer l’aura des autres, c’est bien ce personnage qui donne à Manhattan Stories son air nonchalant et sa tranquillité reposante : de jolies tranches de vies, qui, bien qu’un peu décousues, rapprochent de l’autre dans toute sa vulnérabilité.

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