« Mademoiselle » est un véritable chassé-croisé amoureux et insidieux taillé avec une élégance folle par le maître coréen Park Chan-Wook. Une adaptation réussie du roman de Sarah Waters, « Du bout des doigts ».

Parce qu’il y pense « chaque soir dans son lit », celui qui se fera appeler « le comte », met en scène une escroquerie afin de séduire la jeune et belle Hideko. Riche héritière, elle vit recluse dans le manoir de son oncle en attendant son mariage -arrangé et malvenu- avec ce dernier. Pour cela, il envoie Sook-Hee, pauvre orpheline, au service d’Hideko -d’après le titre original, The handmaiden, « la servante ».

© The Jokers
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Une intrigue bien ficelée

Le film est divisé en trois parties qui s’enlacent. La première partie consiste en un récit horizontal de l’intrigue, soit la stratégie de séduction du comte. L’amplitude de cette intrigue est donnée par la deuxième partie, où la reprise de certaines scènes, sous un nouvel angle, éclaire le sens du récit et le jeu des acteurs. Un jeu d’acteurs très perturbant, qui donne une impression de manque de justesse. Toutefois, à mesure que le film avance, ce jeu particulier se révèle parfaitement justifié, surtout lorsqu’il s’agit du personnage de « mademoiselle ».

Kim Min-Hee arrive à doser toutes les facettes de son rôle avec brio. Acmé de ces trois parties, où se mêlent toujours plus d’ardeur et d’émotion, la scène d’amour saphique entre les deux héroïnes est définitivement la scène la plus forte de ce film. Dans cet hommage au cinéma érotique japonais, on parvient à lire, entre les lignes, un certain féminisme. Park Chan-Wook semble s’amuser de ces hommes qui ne parviennent à piéger les femmes. Car les femmes de Mademoiselle sont fortes et se battent pour se distinguer de l’emprise masculine qui règne sur elles, détournant les plans qui les condamnent. Mademoiselle restera Mademoiselle : une liberté qui demeure jeune, passionnée, et amoureuse.

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Eloge de la beauté

Park Chan-Wook signe un film très esthétique : s’il manque de peu la Palme d’Or 2016, le film remporte le Prix Vulcain de l’artiste technicien, remis à Ryu Seong-hie pour sa direction artistique. Le thriller présente une ambiance brumeuse qui persiste jusqu’à la révélation même de ce nuage esthétique posé sur la pellicule, lors de la dernière scène. A l’image des estampes japonaises, on y retrouve quelque chose de très aqueux, une image bien souvent au bord des larmes, de la pluie, et de l’ennui. Partenaires indissociables, le sexe et la mort teintent chaque scène du film. L’esthétique dominante des livres et de la lecture devient ainsi morbide, personnifiée par ce vieil oncle pervers à la langue noire. Clin d’oeil à Klimt, lui même inspiré des estampes de l’école japonaise Rimpa : la photographie de Chung Chung-hoon est sublimée par quelques feuilles d’or, parsemées dans le décor et dans les linges.

https://youtu.be/G3TYloYDbUA

Mené d’une main de maître, rien ne dépasse (et si quelques doigts malheureux échappent à cette règle, il suffira de les couper -car le réalisateur reste fidèle à ses lubies) de ce thriller érotico-psychologique qui file à une vitesse folle.

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