Encensé par la critique, « L’ornithologue » est une fable mystique superbement mise en scène mais qui, malheureusement, perd souvent son spectateur à cause d’élucubrations délirantes sans cohérence. 

Fernando, un ornithologue, descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des spécimens rares de cigognes noires. Absorbé par la majesté du paysage, il se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.

©  Epicentre Films
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Le subconscient de Saint-Antoine

Pour son dernier film, le réalisateur portugais (qui fait en ce moment l’objet d’une rétrospective au centre Pompidou) nous emmène dans les tréfonds inconscients de l’âme de son personnage principal, écho moderne à la figure de Saint-Antoine : Paul Hamy incarne brillamment cette espèce de Saint en devenir, dessiné à partir d’éléments issus de la biographie de cette figure (son naufrage, sa capacité à sauver un homme grâce à son seul souffle) mais aussi de souvenirs du réalisateur. Tout se mélange sous la caméra de Joao Pedro Rodrigues pour former un ensemble onirique, qui mêle étrangement douleur et désir, onirisme et réalité, calme limpide et atmosphère apocalyptique. Magnifique et fascinante, la réalisation lie de façon inextricable l’univers de la forêt au subconscient de Fernando, tant et si bien que ce dernier finit par s’y fondre complètement et par nous perdre au passage.

©  Epicentre Films
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Un manque d’unité dommageable

Malgré la beauté visuelle et métaphorique de la réalisation, qui met en valeur une spiritualité provocatrice, pourvue d’une chair érotisée et d’un subconscient torturé, Joao Pedro Rodrigues ne sera pas parvenu à maintenir notre attention jusqu’au bout. Lorsque le personnage se prend d’affection pour un crâne humain, ou qu’il finit par s’enfuir main dans la main avec une figure de spiritualité païenne, l’adhésion ne paraît plus tout aussi évidente. Brouillon parfois, ennuyeux souvent, le scénario pousse le spectateur dans de telles visions et parti pris fous qu’il est bien difficile de se rattacher à quoi que ce soit d’agréable. Ca part dans tous les sens, et l’ensemble du métrage ne semble pas avoir, à la fin du visionnage, pris la consistance d’une unité signifiante.

L’ornithologue marque par la spiritualité provocatrice qu’il crée subrepticement, coincée entre un onirisme, un réalisme et un érotisme magnifiques, qui ne parviennent pourtant pas à rattraper l’inconsistance d’un scénario qui se perd dans ses propres élucubrations. On retiendra toutefois l’interprétation magnifique, toute en tension sexuelle et spirituelle, de Paul Hamy.

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Amoureuse de grands espaces, de cinéma et de littérature, je parle beaucoup mais je parle culture !