Critique : « Les Ogres » de Léa Fehner

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Ce sont des histoires pas comme les autres que Léa Fehner partage dans Les Ogres. Celles d’une troupe itinérante, reprenant L’Ours de Tchekhov, dont les différentes personnalités si fortes résonnent encore après le générique. Un mélange de plusieurs générations évoluant les uns avec les autres, partagées entre les cris, les soirées alcoolisées et autres problèmes. Les Ogres aurait pu commencer à n’importe quel moment de la vie de cette troupe itinérante mais Fehner a décidée de s’intéresser à deux moments précis : l’arrivé d’un nouveau bébé et le retour d’une vieille amante…

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Dans son deuxième film, Léa Fehner apporte un souffle de joie à son cinéma. Une joie apportée par ces comédiens dont la vie sur scène va rejoindre la vie personnelle. Comment faire autrement quand on vit les uns sur les autres pendant plusieurs jours, pendant plusieurs mois ? Que l’argent, sans être dit explicitement, est une source de motivation mais est difficile à trouver ? L’amour de l’art est bien présent mais tous restent humains. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils s’appellent Les Ogres : tous ont une part de monstruosité en eux. Comme n’importe lequel d’entre nous. Au milieu d’histoires de tromperies, de nuits trop arrosées, cette sympathie se dégageant chez chacun d’eux pousse à s’attacher à la troupe pendant ces 2h30 qui filent à toute vitesse. Le récit surprend toujours le spectateur, n’est jamais prévisible, laisse toujours la part au spectacle. Tout cela grâce à un casting talentueux, improvisant à merveille sans verser dans le théâtral – contrairement aux passages sur scène – une véritable prouesse que de jongler entre deux jeux. Une telle aisance se dégage de chacun, un énorme capital sympathie également, faisant que malgré leur condition d’Ogres, le spectateur ne souhaite qu’apprendre à les connaître et boire un coup avec eux.

Les relations humaines sont traitées avec beaucoup de réalisme, d’humanité et parfois de pudeur : les enfants vagabondent dans le camp avec une totale liberté tandis que les adultes tentent de faire face tout en s’aimant et en se faisant du mal. Tout est prétexte pour se hurler dessus, mettre à l’épreuve les sentiments de chacun… Sans liens du sang, la troupe apparait beaucoup plus comme une grande famille. Malgré toute cette richesse en terme de personnages, Léa Fehner arrive à tous les faire coexister dans un même cadre sans que l’un d’eux n’efface l’autre : plusieurs actions se déroulent en même temps dans un même plan et le regard se pose à tous les endroits.

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Le travail sur l’univers du film est tout aussi remarquable. Les décors de L’Ours, les chapiteaux, les voitures et autres camions aussi anciens que le doyen de la troupe qui font voyager tout ce petit monde, les lumières, les petites villes de France rappelant les vacances de notre enfance, les longues autoroutes où le soleil d’été frappe… Pas de fantaisie ni d’extravagance, juste une simplicité à l’image des Ogres.

La bande-originale est également remarquable et interprétée à l’unisson par tous les acteurs jusqu’à rester en tête. Entraînante, composée par Philippe Cataix, celle-ci achève de faire du film de Léa Fehner un petit chef d’œuvre qui gagne à être reconnu et vu. Une jolie réussite du cinéma Français.

https://www.youtube.com/watch?v=PejGCeQr8Yg

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