Décidément, Claire Simon est en forme cette année. Moins d’un an après le succès de son documentaire Le bois dont les rêves sont faits, elle revient avec Le Concours, un documentaire très critique et passionnant qui explore les dessous de l’un des concours les plus secrets et sélectifs de France.

Plongée dans le concours de la Fémis avec sa caméra. Claire Simon dévoile les coulisses implacables de la sélection de la plus prestigieuse école de cinéma française. Un prestige pourtant souvent éclipsé par la sulfureuse réputation de l’école. Souvent taxée d’être l’un des purs produits du cinéma égocentrique et nombriliste français, de vider les élèves de leur imagination, ou encore d’entretenir des critères de sélection trop mystérieux. On note tout de même que le nombre de candidats ne faiblit pas -un excellent article des Cahiers du cinéma en mars 2014 donnait d’ailleurs à voir une autre vision de l’école (peu flatteuse certes) à travers les témoignages des étudiants.

Copyright andolfi
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Dans les coulisses

L’énorme amphithéâtre de Nanterre où plus de 1200 étudiants se pressent devant une analyse de film, les délibérations cruellement humaines des jurés, les entretiens débordants de stress des candidats… Le concours aborde point par point les différentes étapes de sélection par filière, et oppose les délibérations des jurés à la douloureuse quête des candidats, qui prient pour voir apparaitre leur nom sur la liste des sélectionnés.

A travers une exploration sans tabous, le documentaire donne à voir tout type de moments. Des maladresses gênantes, de la timidité ou de l’assurance forcée chez certains candidats. Des débats enflammés, des moqueries grinçantes et des moments d’hésitation chez les professionnels qui s’improvisent jurés. Parce que ces grandes écoles suscitent tout genre de fantasmes et d’attentes, ici démystifiés sans détours. D’où l’importance des scènes comiques, qui viennent contrebalancer les malaises s’invitant parfois. Et, grande mâline, la réalisatrice ne laisse filtrer aucun jugement, libre au spectateur de s’improviser lui aussi juge face aux personnes qui défilent devant ses yeux, candidats et jurys.

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Un documentaire critique

Clairement inspiré du cinéma direct dans sa forme sans commentaires off ou composition musicale, le documentaire s’y apparente aussi dans la volonté de porter un œil critique par le cinéma. Ici, sur un concours de grande école, c’est la méritocratie républicaine qui prend. Et le constat est sans appel. Comment ne pas voir dans les délibérations des jurés aucun favoritisme social ? Que certains soient immédiatement touchés par l’aisance orale de certains ou le charme d’autres, et ce malgré les avertissements du directeur de l’école. Ou encore que la timidité d’un candidat le rend complètement inapte à ce genre d’exercices ?

De nombreuses interrogations surviennent aussi par rapport à l’école. Qu’est ce que la Fémis pourrait apporter à celui-là. Celui-ci est un génie, mais trop dingue pour l’école. Jusqu’à cette scène où deux jurés s’amusent à lister le résultat parfait du concours : Autant de garçons que de filles, un noir, un jaune, un rebeu, qui viennent de toute la France, et des pauvres. Cette vanne teintée d’humour noir et plutôt drôle en dit néanmoins long sur le malaise d’un engagement constitutionnel que l’on n’arrive pas à remplir, et ce malgré l’existence de certains programmes d’insertion.

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Bourdieu avait déjà grandement critiqué la méritocratie dans son application qui, sans cette réelle égalité des chances, ne sert qu’à maintenir les élites sociales en place. Claire Simon -qui a enseigné à la Fémis au département réalisation- propose dans sa continuité un œil critique sur cette sélection française, avec le concours courageux de la Fémis qui a accepté de se prêter au jeu. Elle a d’ailleurs exprimé le souhait que l’on perçoive son idée de départ comme étant de tourner un film politique. Qu’elle se rassure, Le Concours est éminemment politique.

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