Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström (Sakari Kuosmanen), la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled (Sherwan Haj) est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout en Finlande. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile.

Copyright Sputnik Oy / Fotograf Malla Hukkanen
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Exil et destins croisés

Aki Kaurismäki continue d’explorer le thème de l’exil, 6 ans après son dernier film Le Havre. Khaled, dès qu’il nous apparaît tout droit sorti d’un tas de charbon, ne semble penser qu’à retrouver sa sœur. A contrario, Wikhström est en quête d’accomplissement personnel. Les deux ont pris le parti de changer de manière radicale, peu importe les raisons. Leurs routes se croisent au commencement de leur nouvelle vie, mais c’est un rendez-vous manqué. La véritable confrontation sera violente, mais leur permettra de voir que l’un et l’autre sont déterminés à ne pas se laisser faire et à tracer leur route coûte que coûte. L’acceptation de l’autre passe par ce respect mutuel du déterminisme de chacun.

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Le parallèle entre les deux protagonistes est flagrant : Wikhström, ce VRP en fin de route, fuit sa vie figée dans le formol pour tenter de faire ce qu’il a peut-être toujours voulu. Khaled, lui, veut écrire une nouvelle page de sa vie, loin des conflits Syriens. On ne mesure le chemin parcouru par Khaled qu’au moment où il raconte son histoire pour obtenir l’asile politique. Il a autant envie de vivre en Finlande qu’il est poussé à vivre hors de son pays, alors qu’au fil de l’histoire, tout le ramène chez lui : ses rencontres dans les centres de demandeurs d’asile, sa sœur qu’il recherche, les instruments de musique…

Désespoir optimiste et humaniste

Sur le thème intemporel de l’exil, L’autre côté de l’espoir dépeint un monde froid et superficiel, souligné par la photographie « sitcomesque » de Timo Salminen. Dans un pays qui n’a rien d’un Eldorado pour les expatriés, déprimant à cause de son administration volontairement archaïque, mais avec l’espoir d’un monde où l’humain reprendra sa part sur la solitude et le progrès technique.

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Il y a dans les films d’Aki Kaurismäki une structure des plans, une utilisation du cadre, et des situations burlesques qui rappellent le meilleur du cinéma de Wes Anderson. Ne cherchez pas des plans larges en abondance, ni une profondeur de champ qui permettrait à ce pays Nordique d’exalter sa beauté froide. Le réalisateur est proche de ses personnages, l’humain est si essentiel qu’il ne laisse presque plus de place dans un cadre très travaillé.

Avec L’autre côté de l’espoir, Aki Kaurismäki cherche à réhabiliter les réfugiés en Europe avec un film tantôt comique, tragique, froid et chaleureux, sincère et naïf. Avec de la musique rockabilly en toile de fonds, dans le seul pays qui peut servir des sushis au hareng, le réalisateur finlandais, grâce à son art du décalage et la froideur de son univers, nous offre une fable poétique originale et singulière.