Prix du jury au festival d’Annecy et présenté à l’ACID, « La jeune fille sans mains » de Sebastien Laudenbach offre une adaptation du conte de Grimm pleine de candeur et de charme. 

Un meunier vend sa fille au diable contre une rivière d’or. Protégée par sa pureté mais amputée de ses mains par son père, la jeune fille s’enfuit. Elle rencontre un prince qui l’aime et la dote de mains d’or, mais, même en sécurité, le diable rôde et la poursuit sans cesse.

Copyright Shellac
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Un film sentimentalement crû

Le fait que la plupart des contes de Grimm et des contes populaires soient en vérité très loin de ceux de notre enfance est de notoriété publique… Qui n’a jamais découvert avec stupeur l’histoire originelle de Cendrillon ou Blanche Neige ? Sebastien Laudenbach décide pour la jeune fille sans mains de n’utiliser aucun filtre autre que ses dessins sur papier, sans fioritures et jamais complètement finis. C’est donc une oeuvre crue que le réalisateur présente à l’écran, une oeuvre qui s’abstient de toute pudeur et qui traite de façon simple de thèmes comme l’amour, l’indépendance, la parenté, la cupidité ou la gentillesse. Ici, pas de moratoire sur la nudité ou la violence, qui font partie de la nature au même titre que l’amour et méritent d’être montrés.

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Une animation minimaliste mais ravissante

A ces instants s’opposent les traits du dessin. A la fois brièvement ébauchés, proches de simples esquisses, c’est le mouvement minimal instauré entre les contours et les aplats de couleur qui leur donnent une vie délicate. Rappelant ainsi le principe le plus fondamental de l’animation, Sebastien Laudenbach crée une oeuvre audacieuse pleine de poésie. Ses esquisses invitant l’imaginaire à les compléter peu à peu, il encourage ainsi à s’investir dans le processus créatif du dessin animé. Accompagné par les voix douces de Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm, l’impression de nager en plein conte domine réellement la durée du film entier.

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Difficile de ne pas songer au dernier chef-d’oeuvre d’Isao Takahata, Le conte de la princesse Kaguya, devant La jeune fille sans mains. D’abord animés de façon très similaires, lentement, par des traits épars, les deux contes traitent de la quête de liberté d’une jeune fille, liberté notamment remise en question par les parents. Si les deux longs-métrages se distinguent tout de même nettement sur certains points (l’un est plus proche de l’estampe japonaise, l’autre approche en certains instants le fauvisme), la fraîcheur qu’ils apportent à deux ans d’écart crée évidemment un raccord certain.

La jeune fille sans mains possède cette originalité de l’animation qui la distingue des sorties habituelles. Elle accompagne ce conte durant son ode constant à la liberté, en invitant à entrer au coeur de forêts aux multiples couleurs et de paysages vides. Il conviendra néanmoins de noter que si La jeune fille sans mains s’inspire librement d’un conte de Grimm, l’âge minimum pour voir le film aurait peut-être dû s’élever à celui nécessaire pour ces contes.

https://youtu.be/guqRCaZCl_Y

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