Emmanuelle Bercot signe avec « La fille de Brest » un cinquième long-métrage émouvant et sincère sous forme de croisade entre le bien et le mal. Si l’histoire est poignante, le film manque de nuances et sombre par moment dans un manichéisme outrancier.

Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis trente ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspiré de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

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Action et Vérité

Une opération à cœur ouvert. Voilà comment débute le film La Fille de Brest. Les images sont à la limite du soutenable et le personnage d’Irène Frachon tourne autour de ce corps énorme et fendu en deux, à la recherche de la vérité. Une vérité qu’Irene va payer au prix fort, celui de près de dix ans de combat acharné, une vie. A travers cette scène d’ouverture, Emmanuelle Bercot nous annonce la couleur. Elle est là pour nous montrer la vérité coûte que coûte, même si celle-ci doit se révéler sous son jour le plus cru.

Cet aspect jusqu’au-boutiste hante le récit d’un bout à l’autre. Comme son actrice principale, la réalisatrice de lâche rien. Elle crée, sur le jeu de Sidse Babett Knudsen, une sorte d’alter ego cinématographique. En résulte un personnage énergique, charismatique, parfois sensuel et quasiment fanatique dans la quête de son absolu. Le jeu de l’actrice Danoise découverte dans Borgen est à l’image du film, cabotin et tapageur mais il arrive qu’au détour d’un regard, à la pointe de son sourire, l’actrice frappe dans le mille et vienne nous émouvoir.

©Caramel Films
©Caramel Films

Emmanuelle Brockovich

Emmanuelle Bercot, pour mener à bien son histoire, s’inspire de ses aînés hollywoodiens. On pense notamment à Erin Brockovich de Steven Soderbergh. La mise en scène de La fille de Brest va donc dans ce sens. Montage ultra-séquencé, musique omniprésente, et méchant plus méchant que nature. Et si le film oscille tout de même entre récit intimiste et superproduction à la française, il n’en demeure pas moins qu’il manque souvent de nuance. Ainsi, les dirigeants des labos pharmaceutiques semblent tous venir de la même engeance (mais peut-être est-ce le cas), costumes sombres, cynisme à en vous donner des cauchemars et mépris de la vie humaine. L’aspect David contre Goliath est donc souligné au marqueur indélébile tout au long du film, avec d’un côté la bande de provinciaux énervés, toujours sur le terrain, exposés à vents et marées (!) et de l’autre les méchants lobbyistes bien à l’abri derrière leurs beaux bureaux et leur démagogie. Mais grâce au courage d’une femme, justice sera faîte ! Seul le personnage incarné par Benoit Magimel vient adoucir ce tableau en clair obscur. En lui faisant incarner un chef de service au bord de l’explosion, Emmanuelle Bercot trouve sans doute ici son personnage le plus juste.

©Caramel Films
©Caramel Films

Au jeu de la vérité le plus dur est souvent de trouver les mots justes.  Emmanuelle Bercot rêvait d’un récit aussi tranchant que le couperet de la justice et La fille de Brest en pâtit parfois. Reste que face au combat de cette femme extraordinaire, il est difficile de rester insensible : Un film qui met en colère donc et de ça, nous en avons bien besoin.

https://www.youtube.com/watch?v=g9BfUhVupK4

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