Critique : « Knight of cups », un film de Terrence Malick

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© StudioCanal

KNIGHT OF CUPS est le septième film de Terrence Malick. Il était une fois un jeune prince du royaume d’Orient, envoyé par son père en Égypte dans le but d’y trouver une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi ; il oublia sa quête et sombra dans un profond sommeil.

Telle est l’histoire qui a bercé l’enfance de Rick. (Christian Bale). Aujourd’hui, le voilà  devenu auteur à Hollywood et vit à Santa Monica…

Il serait présomptueux de vouloir résumer un film de Terrence Malick. Si ses premiers films reposaient sur un récit historique (l’agriculture dans les années 60/la guerre du Vietnam/la découverte de l’Amérique) afin de dépeindre les différents aspects de la nature humaine, il semble que depuis Tree Of Life, le réalisateur se concentre sur un postulat dont l’objet serait « le cycle de la vie » ; en ce sens, le récit qui vient se greffer à ce point de départ semble secondaire face à cette thématique récurrente.

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Le film pourrait s’apparenter à un état du monde, et, si l’on avait l’esprit mal tourné, trouverait tout à fait sa place à l’ouverture de la COP21. Christian Bale ère dans un environnement pollué par la présence de l’Homme, il vogue ici et là et revient inlassablement vers l’eau, berceau de toute existence.

Le chevalier (Christian Bale) semble perdu, tant dans sa propre subjectivité que dans l’espace qui l’entoure. Il se souvient de son frère décédé, de son père tombé en désuétude, de ses amours nombreuses et futiles, bien qu’intenses. Terrence Malick nous confronte à nos choix de vie, il nous interroge sur notre place dans le monde sans ne jamais y répondre. Que désirer ? Où aller ? Avec qui vivre ? Le héros laisse ces questions en suspens ; il s’est étourdi dans les plaisirs que le monde moderne a pu lui offrir (argent/filles/fêtes…), mais ne se souvient plus de l’essentiel, et personne autour de lui ne semble s’en souvenir non plus. 

La forme est connue chez Malick, et ce film ne déroge pas à la règle. Voix off omniprésente, très peu de dialogues, dimension biblique, personnages nombreux, qui s’effacent aussi rapidement qu’ils sont apparus.

Ce qui change dans KNIGHT OF CUPS, c’est l’évocation de l’époque moderne à travers des procédés spécifiquement cinématographiques tels que l’utilisation du fish eye ou encore un montage de plans rapides, comparables à une succession de vidéos vice ou snapchat.

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Malick est un artiste, c’est un Roi du montage qui modèle son œuvre sous nos yeux. Cependant il ne nous offre pas une œuvre, mais bel et bien une exposition d’œuvres, dont le thème récurrent serait la place de l’humanité dans le monde. Le point culminant étant l’inclusion d’une véritable exposition dans son film. L’artiste n’existe qu’en compagnie des autres.

La question que l’on pourrait alors se poser est « Malick a-t-il sa place au cinéma ? Ne devrait-il pas se trouver dans une exposition d’art ? ». Le départ de plusieurs spectateurs de la salle au cours de la projection du film (récurrent depuis Tree of Life), nous inciterait à répondre positivement à cette question. Toutefois, si l’œuvre de Malick ne plaît pas à tout le monde, elle a le mérite de proposer autre chose, d’amener l’expérimentation cinématographique dans des multiplexes commerciaux. Le cinéma devient alors musée, où l’œuvre de Malick se trouve exposée aux côtés d’autres propositions artistiques, dont seule la matière (cinématographique) est commune. A chacun alors de trouver sa place au milieu.

Malik nous offre donc sa proposition, sa mise en ordre singulière du monde. A une dame qui lui disait « vos peintures, pour moi, c’est du chinois », Picasso répondit: « mais madame, le chinois, ça s’apprend ». Il semble que Malik avec KNIGHT OF CUPS nous rappelle que le regard de spectateur, lui, s’éduque.

https://www.youtube.com/watch?v=-CPdj_qiB0E

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