Après « Pays Rêvé », Jihane Chouaib revient avec un deuxième film sur son Liban natal : Go Home. Elle interroge la mémoire collective à propos des disparus de la guerre civile à travers un drame qui s’éparpille, sans laisser le temps d’émouvoir.

Nada revient dans son pays d’origine, le Liban. Elle retrouve une maison familiale en ruine et dévastée. Hantée par les souvenirs de son grand-père disparu pendant la guerre civile et sur la défensive face à l’hostilité des habitants, la jeune femme part à la recherche de son histoire.

Copyright Paraiso Production Diffusion
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Une idée intéressante

Installant dès les instants de la découverte de la bâtisse abandonnée une atmosphère oppressante par le son et les travellings, Jihane Chouaib parvient à faire de la maison familiale un personnage à part entière, digne des nouvelles d’Edgar Allan Poe. Mais si le fantastique laisse toujours une part de mystère sur une possible folie du personnage, on réalise ici bien vite que tout est extrait de l’esprit de Nada. Torturée par ses souvenirs et le choc de retrouver un endroit où elle a vécu souillé par les ordures et les impacts de balles. Le propos principal du film tourne autour de cette atmosphère qui oppresse la jeune femme et que ne ressent pas son frère. Son évolution démontrera peu à peu comment Nada est en fait sujette à une psychose tout ce qu’il y a de plus humaine devant de telles circonstances.

Perdue dans un amas d’autres…

Cette transposition de la psyché de la jeune femme sur une maison qui n’est au final hantée que par ses souvenirs instaurait une idée déjà vue certes, mais bien amenée. Malheureusement, on perd peu à peu le film à mesure que s’accumule un débordement pas forcément pertinent, d’idées. La relation du frère et de la sœur (Maximilien Seweryn et Golshifteh Farahani), tous deux plus magnifiques l’un que l’autre alterne maladroitement entre amour vache, sincère à la limite de la tension sexuelle, et opposition mesurée. Présentés rapidement comme des opposés (l’un est extraverti et sympathique, l’autre renfermée et sur la défensive) pourtant très proches montrent une relation qui change un peu trop vite au gré du scénario. Ajouté au rappel systématique de leur origine sociale à travers les parents bourgeois, l’égarement de la trame principale n’est pas loin.

Les souvenirs de Nada resurgissent suivant la progression du film, qui n’innove pas sur ce point. Centraux dans l’évolution de la pensée de Nada et donc dans la narration, ils n’apportent pas la consistance que l’on attend d’eux. Induisant volontairement le spectateur en erreur et en remise en question, ils finissent évidemment par dévoiler le passé choquant de Nada sans pour autant laisser la place à une quelconque empathie pour la jeune fille. Seul le son apportant un peu de tension émotionnelle dans ces instants.

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A vouloir à la fois saupoudrer d’humour un drame émotionnel qui fait resurgir les flash-backs par petites touches, dénoncer le sexisme latent de la société libanaise,  ou encore dépeindre une héroïne dont l’erreur humaine est de prendre les graffitis sur sa maison comme des attaques envers sa famille, on perd peu à peu le fil. Le potentiel des acteurs ne peut que rarement s’exprimer en entier, et si l’on excepte l’agréable découverte de François Nour l’intérêt vient plus pour leurs beaux visages que pour une performance dont on sait pourtant pour Golshifteh Farahani qu’elles peuvent être excellentes.

Go Home laisse au final un léger sentiment de déception et de potentiel mal exploité. Le film se perd dans un trop plein de choses à dépeindre et on ne sait bientôt plus où donner de la tête.

https://youtu.be/Bmdm2_HDLS0

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