« Funan » s’ouvre au Cambodge, dans les années 70, sous la dictature khmère. En retraçant l’histoire de sa propre famille, Denis Do parle de celle de tous les cambodgiens : entre déchirements, humanité questionnée et moments de grâce, le réalisateur signe un premier long-métrage édifiant. 

Funan retrace le combat d’une jeune mère et de sa famille, durant la révolution khmère rouge, pour retrouver son fils de 4 ans, arraché aux siens par le régime.

© Bac Films / DistriB Films

Toucher l’Histoire du doigt

Cristal du meilleur long métrage au 42ème festival d’animation d’Annecy, Funan n’a pas fini de faire parler de lui. Denis Do, pour la première fois aux commandes d’un long format, retrace l’histoire de sa mère. Ayant vécu sous le joug de la dictature khmère rouge, elle se bat durant des années pour retrouver son fils, arraché de ses bras par les « camarades » à l’installation du régime. Funan retrace les souvenirs de cette mère en lutte, et dessine au travers de ses yeux le déroulement d’une période historique mouvementée.

Des exils forcés à la mise en place d’un régime communiste autoritaire en passant par le développement de camps de travaux forcés, Denis Do nous parle de contrainte : privation de nourriture, des siens, du droit de disposer de son propre corps et, finalement, de sa propre vie. Soutenu par la simplicité de dessins aux traits forts mais délicats, le scénario ne tombe jamais dans un manichéisme simpliste et s’attache à développer des personnages secondaires forts. Qu’il s’agisse d’un cousin passé du côté khmer, pris entre sa loyauté familiale et sa loyauté au régime, ou d’une jeune gardienne de camp touchée par la lutte de la mère, Denis Do refuse de réduire l’histoire à des archétypes et questionne ainsi l’incroyable dualité de notre humanité.

© Bac Films / DistriB Films

Refuser les grands débordements

Et pourtant, Denis Do réussit le pari de ne jamais tomber dans le pathos. Si son film reste émouvant, porté par la douceur des voix animées de Bérénice Béjo et Louis Garrel, il s’assure de ne pas susciter la pitié. Le réalisateur est un excellent conteur qui parvient à transmettre la violence en la suggérant plutôt qu’en la montrant, et le désespoir en l’incarnant plutôt qu’en l’exhibant. Cet équilibre permet de dessiner avec force la brutalité et l’absurdité d’un régime aussi violent qu’il se veut paternaliste, sans pour autant écraser son propos derrière d’interminables passages brutaux ou larmoyants. A l’image de ses personnages qui « préfèrent crever que de survivre pour de la pitié », la narration de Denis Do refuse les grands débordements.

Funan est un très beau film d’animation, dont les dessins clairs dessinent avec une distance parfaite les contours d’une histoire pas si lointaine (les khmers rouges étant restés au pouvoir de 1975 à 1979). Violent sans être exhibitionniste, touchant sans être larmoyant, Denis Do a trouvé les mots (et les images) qu’il fallait pour parler au mieux de sa propre histoire.

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Toujours à l'affut de l'indépendance, qu'elle soit cinématographique, musicale, littéraire ou ontologique.