Fronteras épluche avec sensibilité la peau rugueuse des problématiques qui déchirent la jeunesse espagnole : racisme, homosexualité, premier amour, Mikel Rueda étudie ces thèmes avec une tension délicate.

A 14 ans, Rafa est un adolescent Espagnol moyen, qui partage ses journées entre lycée, sorties entre amies et matchs de waterpolo. En parallèle, la caméra suit la trajectoire d’Ibrahim, un jeune immigré Marocain illégal sur le territoire. Leurs deux chemins se croisent un soir, en boîte, pour se rejoindre dans un combat partagé : faire en sorte qu’Ibrahim ne puisse pas être expulsé du pays.

Fronteras
© Outplay Films
De deux trajectoires, l’une

Fronteras trace une voie que les protagonistes dessinent au même pas que le réalisateur. C’est une route qui ouvre et qui clôture le film, qui guide Rafa vers Ibrahim et Ibrahim vers Rafa, jusqu’à ce que leurs deux macadams se croisent pour former une voie unique. A travers ces deux personnages adolescents, interprétés respectivement par les impressionnants Adil Koukouh et German Alcarazu et filmés toujours en plans serrés, Mikel Rueda nous immerge dans la perte de repères de ces jeunes gens grâce à un outil de mise en scène signifiant : La chronologie temporelle est complètement renversée dans les quarante-cinq premières minutes du film, ce qui bouleverse le sens des évènements, leur appréhension, leur compréhension… Le premier amour vécu par les deux jeunes hommes renverse leurs horizons et nous touche au coeur par la délicatesse avec laquelle il est filmé. De cet apprentissage, le réalisateur fait le socle de sa narration, tendue entre découvertes adolescentes et constats amers.

Fronteras
© Outplay Films
Une Espagne déchirée par les inégalités

L’amour qui naît entre les deux jeunes hommes se cristallise autour de problématiques moins légères, qui font passer le ton du film de la romance adolescente au reportage documentaire. Homosexuels, ils doivent tous deux faire face aux insultes et moqueries de leurs camarades, stigmates d’un pays dont la moralité sociale n’a toujours pas atteint sa maturité. Immigré, Ibrahim subit avec douleur les stigmatisations incessantes, fouilles injustifiées et « sales arabes » balancés sans remords. Mikel Rueda fait fonctionner son film sur ces dualités constantes, entre le groupe d’Espagnols natifs et celui des immigrés, celui des hétérosexuels et celui des homosexuels, sans pour autant dresser des personnages insupportablement caricaturaux.  La nuance est de mise dans cette réalisation aux images grainées et à la bande son années 80, qui nimbe ses intentions d’un voile d’humanité appréciable. On s’attache, et quitter ces adolescents vivants nous serre le coeur…

Ce second long-métrage du réalisateur est une vraie réussite, parfaitement tendue entre dénonciation sociale et romance adolescente, récit d’apprentissage et réalité documentaire.

https://youtu.be/2LfYs3J9wZU

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