Inspiré d’un faits divers ayant défrayé la chronique en janvier 2011, le récit de Pierre Godeau ne semble pas réussir à se détacher de son ancrage réaliste, plombé par une accumulation d’élans superficiels ayant sûrement pour vocation de cacher la faiblesse d’un scénario déjà maintes fois éprouvé. Le cadre du récit est donc celui de l’histoire d’amour impossible entre Jean (Guillaume Gallienne, dont le personnage est inspiré de Florent Gonçalvez), quarantenaire marié et directeur d’une prison pour femmes, et Anna (Adèle Exarchopoulos), femme-enfant et détenue chevronnée.

© PAN-EUROPÉENNE – LGM CINÉMA – PHOTO THIERRY VALLETOUX
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D’emblée, le rapport de supériorité est établi entre les deux personnages : rendez-vous froids en cage de verre, expressions télégraphiques, rapports distants mais cordiaux. La gestion de ce pesant rapport de supériorité est rondement menée par la réalisation qui réussit à la fois à l’illustrer et à le faire oublier au travers de belles scènes symboliques ; Anna qui pose torse nu dans une salle surplombée par une cage de verre de laquelle Jean peut voir et être vu, une séance de coiffure qui soumet Anna assise à la découpe d’un Jean debout, puis un renversement qui dénote l’évolution de la relation et place Anna dans le rôle du coiffeur dominateur… Ainsi, ce rapport de domination s’inverse et se partage au fur et à mesure que les sentiments des deux protagonistes évoluent.

© PAN-EUROPÉENNE – LGM CINÉMA – PHOTO THIERRY VALLETOUX
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Et c’est là que le bât blesse. A chaque « rebondissement », la recherche et la finesse manquent. Le directeur tombe évidemment amoureux de la jeune prisonnière sauvage, alors qu’il, oh malheur, est déjà marié ! Que faire ? Faire l’amour ? Sans protection ? Bien sûr ! Quelle bonne idée ! Vous l’aurez deviné, Anna est aussi amoureuse, Jean se sépare de sa femme, Anna tombe enceinte (je vous passe les larmes et tergiversions autour de la décision d’avorter ou pas) et finit par faire comprendre à Jean qu’elle ne veut plus de lui pour « ne plus se sentir coupable ». Ce n’est pas une blague, ce sont bien tous les clichés du genre réunis sous un même chapiteau scénaristique ! S’ensuit l’enquête attendue sur la probité du directeur, sur la remise en cause de sa place, et sur le procès final qui clôt le film : poussé à plaider la manipulation, on ne saura pas quel choix Jean a fait, puisque la dernière scène cadre en plan rapproché le sourire doucereux échangé par les deux personnages sur fond de « Ne partons pas fâchés » de Raphaël. A cette niaiserie finale se superpose la platitude des dialogues (« Jure que même si c’était dur bah c’était trop bien») qui ne cessent eux aussi de véhiculer les clichés du directeur de prison instruit et de la détenue banlieusarde peu éduquée. Les épisodes oniriques, très nombreux dans le film, manquent leur cible et, au lieu d’illustrer un besoin d’échapper à une réalité trop lourde, continuent de perpétuer de désagréables poncifs (Anna imaginée dans une émission de télé-réalité, Anna rêvée femme au foyer parfaite et accueillante dans une maison commune…).

© PAN-EUROPÉENNE – LGM CINÉMA – PHOTO THIERRY VALLETOUX
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On sort avec un grand sentiment de gâchis, peinés pour Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo très réussi et maîtrisent leur jeu avec une adresse naturelle. A la photographie, le travail de Muriel Cravatte est tout aussi remarquable, jonglant brillamment avec les couleurs, les effets de saturation et de symétrie. De très belles images et de très beaux acteurs donc, pour un scénario pauvre et ennuyant dont on se serait bien passé.

https://youtu.be/CWwdT9FzW7s

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