Critique : « East Punk Memories », un film de Lucile Chaufour

0
251

Les punks hongrois « de l’Est » de la fin des années 80 retrouvés vingt ans plus tard… Assagis, tendres, énervés, désabusés ? La caméra de Lucile Chaufour sert tour à tour de machine à voyager dans le temps, de vecteur à la compréhension de ce mouvement et de surligneur, grâce à ses plans urbains et ses archives super 8, de l’évolution linéaire d’une société communiste vers le capitalisme : un sulfureux mélange entre musique, politique et dichotomie Est/Ouest qu’on déguste avec joie sur fond de « Bureaucrates ! Bureaucrates ! Quelle bande d’abrutis ! » (KRETEN, Bürokratak, 1982).

east-punk-memories

Douze anciens punks, tous membres dans les années 80 de groupes de musique punks influents (Trottel, Kretens, Herpesz, Mosoï, QSS…) qui répondent (presque) docilement aux questions posées par la réalisatrice dont la voix a été coupée au montage. Que sont-ils devenus ? Comment, après une jeunesse aussi révoltée, supportent-ils la crise capitaliste actuelle ? Pour répondre à ces questions, Lucile Chaufour propose un cadre caméra très particulier : mélange d’interviews, d’archives super 8 et de vues sur le Budapest moderne. Au montage, les interviews se superposent aux archives super 8 qui permettent de nourrir les propos des intervenants ; Les images de concerts débridés se mêlent aux punks pleins d’une vitalité adolescente, aux coupes et codes vestimentaires et aux soirées hilarantes bouteille à la main (que certains ne lâcheront pas). Illustrer une esthétique, illustrer un mode de vie… Cette caméra du passé permet aussi une mise en abyme, un regard sur ces quarantenaires qui reviennent sur leur flamboyante jeunesse : des moments très touchants qui rappellent toute l’humanité derrière les cris et les désenchantements.

556596.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Des moments attendrissants qui surplombent la plongée dans un monde punk qui ne nous est pas familier. Vous saviez, vous, que le punk pouvait être de droite ? En Hongrie, dans les années 80, les intervenants nous rappellent que le système était communiste. Etre punk, dans un pays communiste, c’est être de droite. Un système sur lequel se fonde la chronologie du film : Avant la chute du mur de Berlin, après la chute. 1989, année charnière pour ces punks qui finiront par exercer des métiers de bons petits ouvriers capitalistes: graphiste, ingénieur, imprimeur, free lance, créatifs dans la pub… Un des intervenants, Papp György Zoltan, ne manquera pourtant pas de rappeler que « La réalité, c’est pour les yuppies ».

Une réalité passée qu’ils se gardent bien d’idéaliser : Statues à la gloire du chef, rigueur de la surveillance mais aussi école, soins et hôpitaux gratuits pour tous. Ce qui frappe, c’est cette volonté chez eux de ne pas dresser un portrait tout noir d’une époque et d’un régime pourtant imparfaits. Imparfaits, mais marquants. Et en 2012, le punk est devenu pour eux : «Un genre musical, un feeling, une infamie… Aujourd’hui ? Une bêtise mainstream ».

https://www.youtube.com/watch?v=N3M8OyOzs9Q

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here