Pour son troisième documentaire sur le monstre de cinéma qu’est David Lynch, Jon Nguyen dévoile peu à peu l’enfance et les années de formation de celui-ci. Sans entrer dans les détails et explorant lentement l’atelier ou il travaille, le documentaire livre un portrait touchant et respectueux du cinéaste. 

Sûrement l’un des réalisateurs les plus énigmatiques de sa génération, David Lynch est aussi l’un des rares à avoir autant déchaîné les passions chez les spectateurs. Ambitieux projet, donc, que celui de dévoiler les parts de mystères qui renforcent autant la réputation de génie qu’on lui attribue volontiers. Mais le cinéaste sait garder le contrôle. Alors qu’il était resté très secret pour le documentaire Lynch, le voilà qui accepte de se dévoiler peu à peu. Tout en restant fidèle à lui même en ponctuant ses récits d’anecdotes étranges.

Copyright Potemkine Films
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La jeunesse de Lynch : fascinant aperçu

Le rythme est lent. On reste dans l’atelier du maître, suivant ses pérégrinations plastiques. On découvre de nombreuses œuvres et sa façon de peindre, dessiner, coller, créer… Un tour peignant avec ses doigts, un autre fumant clope sur clope et racontant son enfance, un autre encore jouant avec sa fille Lula. Les images d’archives succèdent à celles de l’atelier. De ses études à Philadelphie jusqu’à la réalisation d’Eraserhead. Où l’on réalise alors qu’il en disait déjà beaucoup sur la vie du cinéaste. Il donne des noms, ceux de ses amis, de ses rencontres marquantes. Il raconte comment la peinture a changé sa vie à un moment où il tournait mal. Comment il en est venu à partir au beau milieu d’un concert de Dylan, marquant du même coup la fin de son amitié avec son coloc. Autant d’anecdotes savoureuses d’une vie méconnue.

Le récit, ponctué par les seules paroles de Lynch, suit une courbe biographique classique. La mise en forme qui consiste à le faire parler tout seul est habile, et lui laisse tout l’espace pour s’exprimer. Il plonge dans ses souvenirs tandis que les volutes de fumée de sa cigarette l’entourent lentement. Il dévoile ses expériences, ses recherches, ses périodes de doute et le documentaire lui laisse une liberté emprunte de respect ; rien ne le pousse à parler et il se tait de lui-même dès qu’il songe en avoir trop dit. Le lien se crée avec lui et ne cesse de s’affermir durant toute la durée du film.

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The Art Life

On a tôt fait de trouver des résurgences de ses films à travers toutes les œuvres que l’on peut voir et les anecdotes qu’il égrène par ci par là. Telle l’image de cette femme géante et nue avançant vers lui enfant, la bouche ensanglantée. En quelques secondes, Lynch parvient à faire de l’onirique, enchanter les amoureux de son cinéma et évoquer poétiquement un événement marquant de sa vie. Les réalisateurs eux s’amusent. Ils glissent des clins d’œils quand ils le peuvent, comme pour cette sortie en voiture où la caméra suit brièvement les lignes de marquage sur la route. Les images de ces œuvres, peintures, films ne sont pas en reste. Chacune transpire l’imaginaire si propre du cinéaste, et c’est un véritable enchantement de les découvrir du même coup que sa jeunesse.

Lynch refuse de faire semblant. Pas de plan improvisé ou créé de toutes pièces, il vit sa vie d’artiste en création constante. Les réalisateurs s’en étonnent plusieurs fois; ils n’ont que des plans de lui en train de peindre. On sait qu’il sort pour travailler sur Twin Peaks mais rien de plus, il passe le plus clair de son temps dans son atelier. Perché sur les collines d’Hollywood, se tient à l’écart des mondanités l’un des plus grands cinéastes de sa génération. Sans percer l’aura occulte du cinéaste, le documentaire offre à voir à travers ses peintures, ses compositions et son histoire une partie plus méconnue de celui-ci.