Premier long-métrage du réalisateur Yann Le Quellec, « Cornélius, le meunier hurlant » est une adaptation du roman à succès d’Arto Paasilina, prolifique écrivain finlandais à l’humour décapant, qui se hisse difficilement au niveau du livre : vaudevillesque, elle touche plus au registre de la farce maladroite, parsemée de scènes simili-profondes, qu’à la comédie sociale originelle.

Un mystérieux voyageur s’installe dans un village au bout du monde et entreprend de construire un moulin. Ravis par l’arrivée du nouveau meunier et de sa farine, les habitants déchantent rapidement lorsqu’ils réalisent que le nouveau venu passe ses nuits à hurler à la lune. Soutenu par la conseillère agricole du village, Carmen, l’imposant meunier s’avère néanmoins décidé à défendre sa place dans la petite communauté.

Crédits Frédéric Louradour

Farce aux mauvais gags

Remplaçant la Laponie finlandaise par les montagnes du sud de la France, Le meunier hurlant fait un bond étonnant de l’humour noir et de la comédie sociale qui font tout le sel du livre original au vaudeville farceur et… manqué de la réalisation. Cadré sur les paysages à la perfection, le film est millimétré dans sa mise en scène : vivement coloré et plein de contrastes, le ton donné est léger, fantaisiste et bon enfant. L’approche théâtrale est de mise, aussi bien dans le jeu des acteurs que la construction du comique, qui passe par un burlesque malheureusement inefficace. Le rire se force devant des gags qui seraient bien passés sur les planches, pourtant si peu favorables dans le cadre d’un film pâtissant d’une narration à deux vitesses.

Crédits Frédéric Louradour

Performances inégales et réalisation absconse

La naïveté des acteurs passe plutôt bien à l’écran, portée par l’innocence d’Anaïs Demoustier, mais des performances inégales empêchent une pleine immersion cinématographique. Perdu entre des surjeux lourds, et une morale à laquelle il est difficile de croire, le film se tue dans l’oeuf en glissant des références psychologiques de comptoir un brin prétentieuses ; utilisées de façon malvenue pour illustrer, via une mise en scène difficilement compréhensible, la solitude d’un personnage. 

Au destin du moulin bigarré que construit Cornélius succède le film en lui-même : à s’emballer dans le vent, il fait exploser la farine.

 

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