Critique : « Black », un film de Adil El Arbi et Bilall Fallah

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Mavela (Martha Canga Antonio), 15 ans, membre des Black Bronx, tombe éperdument amoureuse du charismatique Marwan (Aboubakr Bensaihi) appartenant à la bande rivale, les 1080. Les deux jeunes vont être contraints de choisir entre la loyauté à leur gang et l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre.

Deuxième long-métrage du duo belge Adil El Arbi et Bilall Fallah, Black est une adaptation des romans Black et Back de l’écrivain Dirk Bracke.

L’histoire de Mavela, adolescente d’origine congolaise, et Marwan, un jeune Marocain, peut être vue comme un Roméo et Juliette moderne, avec comme décor une banlieue belge anxiogène où les gangs font la loi. Contrairement au monde des amants de Vérone, le poids familial est ici famélique, remplacé par la hiérarchisation des clans.

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Copyright Paname Distribution

Afin de coller au mieux au sujet du film, les réalisateurs ont pris le parti de travailler avec des jeunes acteurs sans expérience, repérés dans la rue via un casting sauvage. Ce côté brut accentue l’hyperréalisme recherché par les réalisateurs, mais désert le film au moment de faire passer de vraies émotions.

La réalisation a ses bons côtés, mais est parasitée par montage digne d’un épisode des « Experts ». Le scénario prévisible n’est pas sauvé par ses acteurs ou la photographie pourtant assez soignée. Le film s’en tire mieux lorsqu’il trace sa propre voie, qu’il dépeint les tensions entre les gangs, en utilisant parfaitement l’urbanisme des quartiers de Matonge et Molenbeek.

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On a du mal à s’attacher à cette love story, qui ne prend pas le temps de se construire. Ici, aucune séduction, aucune tirade au balcon, les amants s’attrapent et se déchirent aussi rapidement qu’un couple de télé réalité. Le duo penche beaucoup trop du côté de Mavela et ce déséquilibre se ressent jusqu’au titre Black qui ne fait référence qu’à sa fratrie.

C’est la limite d’un film qui s’adresse à un public qu’il dépeint lui-même, une génération perdue, dont les motivations et les comportements peuvent laisser perplexes les gens communs. On sent la volonté du duo de réalisateurs d’essayer de trouver de l’espoir là où il ne semble plus y en avoir, mais ils passent à côté d’un film générationnel en faisant preuve de trop d’empathie envers leurs héros.

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Black est intérieurement plus proche de « La Mentale » que de « La Haine » dont les réalisateurs déclarent s’être inspirés. On a déjà vu mieux récemment dans le genre « immersion urbaine » ; préférez par exemple « Bande de filles » ou « Polisse ».

Il est à noter que le film a été interdit au moins de 16 ans pour sa violence et que son distributeur a préféré le priver d’une sortie en salles en France. Il sera cependant disponible en VOD prochainement.

https://youtu.be/qYmjMENG4e0

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