Super-Grognon.

Fort de ses 4 Oscars, dont ceux de meilleurs « Film » et « Réalisateur », le nouveau film d’Alejandro G. Iñarritu arrive en salles précédé d’un buzz certain. On ne parlera pas ici de la compétition, séance annuelle de congratulations dont on ne doute plus du manque d’intérêt. Il est toutefois remarquable de voir récompensé un réalisateur qui, par l’intermédiaire de son personnage principal, se pose en victime du cinéma contemporain. Le plus moche, c’est qu’il tente de convoquer le spectre de ses vieux maîtres sans réussir à ne faire autre chose qu’un film de vieux con.

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A quelques jours de la première de sa pièce, un acteur vieillissant doit faire face à un mal trouble. Sa source pourrait être un avatar emplumé dont la voix résonne au fond de sa tête… Il y a chez Inarritu, et ce depuis ses premières réalisations (Les Amours Chiennes), une volonté de globalité. Les histoires, les vies, les destins… tous feraient partie d’un grand tout. Cette totalité recherchée dans le discours a mené à un apparat déséquilibré par un diktat émotionnel voulu sur le spectateur. Les sentiments sont conditionnés avec tant d’application qu’aucun espace de liberté de penser n’est octroyé. Une volonté de contrôle qui se ressent dans le moindre élément de mise en scène. C’est ce qu’on retrouve, bien que latent mais plus fortement, dans Birdman.

Ce qu’on reproche à Iñarritu ici, ce n’est pas tant d’être dirigiste que de se placer au centre du système qu’il met en place. La façon dont il met en scène la vie dans ce microcosme qu’est le théâtre est, à vrai dire, impressionnante de technicité. Mais cette structure ambitieuse, thématiquement (théâtre/cinéma, intérieur/extérieur, question de l’acteur…) et techniquement (plan-séquence), est continuellement mise en avant. On sent l’aura de son metteur en scène dans tous les mouvements de caméra et effets qui se voudraient distanciés (le batteur). Le réalisateur n’arrive pas à s’effacer derrière son film. Contrairement à ceux qu’il cite (Hitchcock, de Palma entre autres), le procédé vaut pour lui-même et pour l’ingénieur qui est à son origine. Ainsi, lorsque la sincérité de son personnage est remise en cause par une critique théâtrale, c’est Iñarritu que l’on sent blessé par la critique cinématographique. Le film est une réponse, ou plutôt un bras d’honneur, aveugle et sans recul à ce qui agace son concepteur. Ainsi de la critique faite aux blockbusters. Pas sans fondements, elle est d’une puérilité satisfaite, qui n’apporte aucune réflexion sur le sujet. Pire, le film est considéré comme seule réponse possible à un système insatisfaisant. Système fermé et syllogique. Centré sur lui-même, le film avance sans soumettre ses thèmes à des remises en cause et interrogations sincères, et s’enfonce confortablement dans la trivialité de son propos : rapports parent/enfant, place de l’artiste…

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Hors de ça, les acteurs. Ils semblent l’unique voie de sortie de cette complaisance stérile. C’est d’ailleurs un point problématique, on finit par se demander comment un esprit si vaniteux parvient à se faire directeur d’acteurs aussi habile. Le point de vue méta-filmique consistant à prendre Michael Keaton (dont le rôle de Batman lui collera un peu trop à la peau) comme personnage principal fonctionne, même s’il ne mène au final à rien, et Keaton de nous étonner par une énergie turbulente sans fin. Les intrigues secondaires superflues, comme à l’ordinaire chez Iñarritu, servent à un épanouissement des acteurs (Emma Stone moins qu’Edward Norton) sans résonnance. Est-ce un film d’acteurs ? Peut-être. Est-ce un film sur les acteurs ? Définitivement pas.

Le tour de force technique inspirerait le respect s’il n’était pas mis au service d’une telle démonstration d’un savoir-faire et, surtout, d’une pensée tendant vers un unique point de chute: le seul avis valable est le mien. Exultant, rageant, postillonnant, Iñarritu s’énerve dans son coin. Il aurait pu y rester.

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