Malgré le succès retentissant et international des Lundis au soleil en 2002, Fernando Leon de Aranoa fait partie de ces réalisateurs étrangers auxquels l’on s’intéresse trop peu en France. Vraiment dommage pour un réalisateur considéré comme l’un des chefs de file du cinéma espagnol contemporain aux fibres sociales. Avec A perfect day, nommé 4 fois à la quinzaine des réalisateurs, Fernando Leon de Aranoa revient avec un scénario original qui, tout en dépeignant la réalité triviale et peu connue d’un groupe d’humanitaires, évite avec adresse le piège d’une réalisation stéréotypée aux accents idéalisateurs.

On assiste donc à l’évolution d’un groupe d’humanitaires en mission dans une zone de guerre au cœur des Balkans, composé d’un mélange détonnant de personnages que tout oppose : Sophie (Mélanie Thierry) est une nouvelle recrue chargée de la purification de l’eau qui cherche à tout prix à aider tout le monde. Elle se trouve sous les ordres du chef de la sécurité, Mambru (Benicio Del Toro), un habitué désabusé, heureux de prendre sa retraite la semaine suivante et embêté par la présence de son ancienne maitresse Katya (Olga Kurylenko). A ce joli trio s’ajoutent le traducteur local, Damir (Fedja Stukan), qui rêve de voir son pays apaisé et B (Tim Robbins), qui évite tout questionnement fâcheux en se dissimulant derrière un humour noir et salé. Ils vont tenter ensemble, au cours d’une aventure simple qui va rapidement se transformer en épopée, de retirer un corps de macchabée d’un puits menacé de contamination.

© Universal Pictures
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Par l’intermédiaire de ces personnages, portés par le jeu puissant d’acteurs au talent évident, on se retrouve plantés sur le terrain d’une guerre finalement peu visible, et sur lequel cohabitent casques bleus, soldats, civils et jeunes garçons armés. Tout le cadre rappelle en filigrane la présence impitoyable d’un combat silencieux : les tanks, les villages désertés, les prisonniers, les bases militaires… Pourtant, les images d’Alex Catalan permettent d’éviter le poncif du terrain guerrier épuisé, et proposent plutôt une zone balkanique à la lumière printanière et aux reliefs montagnards, où rivalisent grandes étendues forestières et grands espaces nus. Etonnamment, ce labyrinthe à ciel ouvert finit par étouffer un spectateur contraint d’assister au long défilement de kilomètres sans but effectué par le 4×4 des humanitaires.

© Universal Pictures
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Et c’est ce qui fait la qualité du scénario : tout est centré sur le petit microcosme formé par les humanitaires, qui recréent d’une certaine façon un cercle social normal. Mélanie Thierry y incarne à la perfection un personnage aux yeux neufs, au regard effrayé par des atrocités que les paupières habituées de Mambru ou B ne remarquent même plus. On y retrouve aussi ces querelles enfantines, ces querelles d’amants, ces relations presque filiales caractéristiques des liens qui se tissent dans un environnement difficile. Ce mélange de routine et d’humour noir (lorsque Mambru tente d’extraire un corps en décomposition du puits « Allez le putois, tiens le coup tu peux y arriver ») permet d’alléger une situation qui aurait pu frôler l’excessivité dramatique : leur guerre devient celle de l’humour contre la tragédie, du bon sens contre la folie chaotique.

© Universal Pictures
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Le film illustre sans dénoncer l’absurdité du cadre guerrier, qui force le petit groupe à parcourir des centaines de kilomètres et rencontrer des dizaines de dangereux obstacles (milices locales, chien enragé, vache minée) pour récupérer une simple corde et un ballon en plastique. Fernando Leon de Aranoa nous positionne donc, grâce à la mise en œuvre d’une réalisation dynamique, au coude à coude avec une violence qui finit par se noyer sous la douceur des rapports et l’âpreté humoristique : un film sympathique, qui évoque avec malice et gravité un sujet ignoré dont on apprécie la découverte.

https://youtu.be/86jgV0rd5lg

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