Après le single Vérité, l’artiste belge Claire Laffut compte bien transformer l’essai et s’affirmer comme une étoile montante de la pop française. Rencontre avec une jeune fille aux multiples talents. 

Quelques semaines après la sortie de son premier clip Vérité, nous avons rencontré l’artiste belge Claire Laffut dans un hôtel parisien. Plasticienne, créatrice d’une marque de tatouages éphémères et désormais chanteuse, Claire Laffut ne cesse d’explorer les différents champs de la création pour exprimer ses émotions. La voix douce comme une caresse, le teint pale et les yeux rieurs, la jeune fille s’est confiée avec sincérité sur son parcours et ses projets. Une très jolie rencontre.

Claire, tu as d’abord été mannequin, puis tu t’es tournée vers les arts plastiques, tu dessines et peins, tu as lancé une marque de tatouages éphémères. Qu’est-ce qui a déclenché ton envie de faire de la musique ?
Claire Laffut :
C’est une rencontre avec mon copain. J’ai baigné dans la musique avec un papa fou de vinyles qui me faisait écouter beaucoup de choses. Cela allait aussi bien de la musique africaine à de la grosse techno en passant par Claude François ! Et puis en arrivant à Paris, je ne pensais pas faire de la musique dans la vie mais j’ai rencontré un garçon qui était musicien et il m’a un peu entraînée dans son groupe. On était en studio trois-quatre jours d’affilée, on buvait des bières, on faisait la fête et puis un soir on faisait de la musique et comme le chanteur de son groupe n’était pas là, j’ai pris le micro, un peu timide, et j’ai commencé à chanter. Pour rigoler, vraiment ! Et c’est là que c’est né. En tombant amoureuse de lui, je suis tombée amoureuse de la musique en même temps.

Et comment se passe l’écriture des chansons ?
Je ne fais pas de la musique avec lui parce qu’on a deux univers différents et qu’on s’est rendu compte que c’était risqué de construire cela ensemble. Moi je travaille avec un producteur qui va travailler sur les machines, les instruments, et c’est quand je suis avec lui que je vais écrire toutes mes chansons. (Tristan Salvati, ndlr) Il va par exemple faire quelques notes au piano et je vais lui dire « plus comme ci, plus comme ça », ou alors il va faire un beat et instinctivement je vais trouver une mélodie, des mots vont me venir… Il y a toujours un rapport avec quelque chose que j’ai vécu avant, un sentiment que je n’ai pas très bien compris, et c’est en écrivant la chanson que je vais essayer de le comprendre, ou en tout cas de l’analyser. Vérité ça parle de quand je suis partie de Belgique et que je me suis dit qu’il fallait peut-être que j’aille à la découverte de moi-même, Mojo c’est plutôt sur la séduction, quelque chose d’un peu plus enjoué, peut-être plus léger dans le texte.

Ton single Vérité est-il aussi une mise en abyme de toi qui te présente pour la première fois en tant que chanteuse ? Par exemple quand tu parles « d’une envie partagée encore peut-être inavouée, peut-être encore jamais dévoilée… »
C’est vrai que ça raisonne t’as raison… Mais en fait Vérité c’est un peu la notion de vérité à tout âge. Le texte peut paraître un peu étrange parfois mais les premières paroles me faisaient penser un peu à l’amour. Je crois qu’on tombe amoureux lorsqu’on partage vraiment la sincérité de l’autre, qu’elle soit facile à entendre ou difficile à gérer. Donc cette « envie partagée encore peut-être inavouée », c’est plutôt quand on tombe amoureux de quelqu’un et qu’on ne sait pas trop si on doit y aller ou pas. « Peut-être encore jamais dévoilée » et après «  je l’ai vue à la TV », c’est une phrase qu’une petite fille pourrait prononcer dans la cour de récré… C’est plein de notions de vérité qui ont raisonné en moi auparavant et que j’ai mis en texte.

Etre sincère est-ce fondamental pour toi dans tout processus de création ?
C’est obligatoire ! Parce qu’en tant qu’artiste tu as une responsabilité. Pour moi l’art c’est l’exploration de l’humanité à travers soi, à travers la représentation d’un moment de vérité qu’on a avec soi-même. Quand je fais une peinture ou une chanson, je la fais d’abord pour moi, c’est obligatoire, je fonctionne comme ça. C’est un peu instinctif. Je ne me dis jamais « cette chanson on va la vendre »…

(c) Sarah Schlumberger

Et le choix d’écrire en français, était-ce évident ?
Au début je ne voulais pas chanter en français parce que je suis belge et que j’avais une image un peu négative de la chanson française, en tout cas de la variété aujourd’hui. Donc j’ai d’abord écrit en anglais, ça me permettait de découvrir ma voix, et de mettre aussi un premier masque avant de révéler certaines choses… Et puis mon producteur m’a dit d’essayer en français, j’ai commencé à écrire un peu comme je parlais et clairement j’avais plus de vocabulaire et je pouvais aller beaucoup plus profond dans le texte, dans le sens, dans ce que je voulais dire !

Tu as aussi créé de grandes toiles bleues inspirées de Vérité, pourquoi ?
Chaque musique fait résonner en moi une couleur précise. J’ai choisi le bleu parce que c’est une couleur assez pure, comme la vérité, et c’est aussi le pigment le plus difficile, en tout cas le plus complexe à obtenir parce que ça vient d’un minéral… J’ai donc fait deux grandes peintures de six mètres de long avec un fond bleu. Mojo c’est un peu plus énergique. Il y a du rouge, il y a beaucoup d’attractions aussi donc je voulais que ce soit une couleur vive. J’associe vraiment ma musique à des couleurs, c’est bizarre… Je peins les toiles au fur et à mesure mais tout est pré-dessiné dans ma tête au moment où je fais les musiques.

Le clip de Vérité a été réalisé par Jamie-James Médina, et le bleu est assez présent justement. Tu lui as donné carte blanche ou avait-il des indications ?
Je me suis dit que j’allais lui laisser carte blanche parce que son premier discours m’a convaincue. Il m’a dit qu’il voulait me filmer de manière ultra naturelle, sans artifices et je me suis dit que ça allait changer un peu de tout ce que j’avais fait en mannequinat avant. Et puis il y a un truc assez frontal parce que je suis devant un mur blanc. J’avais fait beaucoup de castings cette année à Paris donc on s’est dit : « pourquoi pas un de plus » ? C’est pour ça qu’au début il y a « Bonjour je m’appelle Claire Laffut, j’ai 23 ans qu’est-ce que je dois faire ? » Ce clip c’était un peu la vision qu’il avait de moi et je trouvais qu’elle était assez juste. Il y a du bleu, ce plan avec les fourmis… C’est plein de métaphores assez jolies que j’ai beaucoup aimées.

Je sais qu’il y a d’autres titres en préparation… Tu peux nous en dire un peu plus sur la suite ?
Il va y avoir plusieurs chansons qui vont sortir avec des clips, et chaque fois on verra la peinture associée. Je pense avoir une exposition à la fin, quand l’album sortira. Sur scène il y aura aussi des éléments de peinture, il y aura tout un univers autour de ça.

C’est un peu un concept d’art total puisque tu associes vidéo, arts plastiques, musique…
Oui, moi ça me plait beaucoup ! Je pense que la musique n’est pas arrivée pour rien dans ma vie. Il me fallait un sac qui puisse reprendre un peu tout, justifier ou en tout cas englober tout ce que j’avais commencé.

Tu as aussi participé au clip de Charlotte Abramow pour Les Passantes de Brassens à l’occasion de la Journée internationale du Droit des Femmes. Comment as-tu réagi quand tu as appris qu’il avait été censuré par Youtube ?
(Rires) Je lui ai envoyé un message, je lui ai dit « Ne t’inquiète pas, c’est même encore mieux si ça arrive parce que ça va faire parler encore plus de la vidéo !» Franchement je ne m’en faisais pas du tout pour cette vidéo car elle est juste sublime. Même ma mère a pleuré quand elle l’a vue alors que ce n’est pas une femme qui pleure et qui montre ses émotions. Je savais qu’ils allaient forcément la débloquer…

Quelle œuvre cinématographique, littéraire ou artistique t’as récemment marquée ?
En ce moment je suis attirée par Agnès Varda. Je l’adore ! J’ai pris un taxi avec elle pour rentrer d’une émission et c’était un rayon de soleil. Elle parlait de plein de choses, elle n’arrêtait pas de parler mais avec beaucoup de justesse… Il y a par exemple un film sur sa vie où elle met des miroirs partout sur la plage… (Les Plages d’Agnès, 2008, ndlr) J’adore, je trouve qu’elle est incroyable !
En livre j’ai beaucoup aimé La Vie Devant Soi d’Emile Ajar (Romain Gary). C’est une magnifique histoire, vraiment très bien racontée. Et un film que j’ai aimé dernièrement c’est Call Me By Your Name. La fin m’a totalement bouleversée, ça te donne envie de vivre à cent à l’heure. En plus les images sont belles et l’acteur principal est vraiment très beau, il est jeune mais il est assez hypnotisant.

J’aimerais essayer de faire ton portrait chinois en trois questions : si tu étais une couleur ?
Le jaune. Parce que je détestais cette couleur avant et qu’il n’y a pas grand monde qui l’aime. Un jaune cela peut être très moche comme ultra vif et donner la pêche !

Si tu étais un moment de la journée ?
La Golden Hour, quand le ciel devient un peu rose, quand le soleil se couche.

Si tu étais un lieu ?
Je ne me sens pas vraiment appartenir à un lieu… Peut-être la rue dans laquelle j’ai grandi, qui est vraiment moche mais dans laquelle j’ai marché dans tous les sens… Elle me refait un truc à chaque fois.

Enfin quelle chanson emporterais-tu sur une île déserte ?
Hum… C’est une chanson de Baby Washington qui est un peu jazz au piano, ça s’appelle I’ve got to stop loving you. Elle est magnifique cette chanson.

(c) Sarah Schlumberger

Claire Laffut, single Vérité disponible partout.
SITE OFFICIEL / PAGE FB

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.