Au premier étage du Grand Musée du Parfum se découvre une petite pièce ouverte sur de tout petits formats colorés et parfumés. Là, l’exposition « Drops » de Christelle Boulé attend d’être explorée. Chimie, esthétique et parfum s’y rencontrent jusqu’au 4 juin 2018.

Jeune photographe Suisso-Canadienne, Christelle Boulé a débuté sa carrière comme graphiste, un métier qui, pensait-elle, assouvirait ses désirs créatifs. Mais les ordinateurs l’ont l’étriqué et, bien vite, elle leur préfère l’usage de l’appareil photo. Elle sera photographe et racontera, par l’image, des histoires plurielles ! Au sortir de son diplôme Art Direction (photographie) à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), elle expose à la foire parisienne Fotofever, sa série Drops. Là, la directrice artistique du Grand Musée du parfum la remarque et lui propose de faire découvrir ses œuvres au coeur de ce lieu dédié aux effluves.

Drops Panorama – Olfactive Studio (2014), parfumeur Clément Gavary (détail) – Terre, Hermes ©Christelle Boulé

Le parfum : une exploration sensorielle

Lorsqu’elle quitte sa terre natale -le Canada-, pour emménager en Suisse, à Lausanne, l’artiste est frappée par la multitude de parfums qu’elle flaire. Dans le métro, dans la rue, chez des amis, elle est fascinée par les odeurs dont se parent les passants. Elle, qui n’avait jamais vraiment pensé à s’orner de senteurs, se met en quête de ce que sera « son parfum ». De fil en aiguille, de recherches en trouvailles, elle plonge dans ce monde captivant des fragrances et s’interroge sur ce que les parfums révèlent de nous. Matérialisant l’immatériel, le travail de Christelle Boulé se développe à merveille dans l’enceinte du Grand Musée du parfum.

Drops CK One – Calvin Klein (1994), parfumeur Harry Fremont – L’Eau d’Issey – Issey Miyaké (1992), parfumeur Jacques Cavallier (détail) ©Christelle Boulé

 

Drops : voir ce qui sent

Qu’est ce qui sent ? Qu’est ce qui provoque l’odeur ? Comment la photographie parviendrait-elle à capturer les fragrances si volubiles ? Comment disséquer ce que nous portons ? Ce qui fait peau ? Par sa manière subtile de révéler l’essence de ce qui se diffuse, Christelle Boulé ajoute une nouvelle matérialité à l’abstraction.

Dans une chambre noire, à l’aveugle, l’artiste verse trois gouttes de parfum sur du papier photographique et patiente quelque temps, assez pour laisser à la chimie tout le loisir de mordre les fibres du médium. Une fois que les substances ont poussé la matière, une fois qu’elles en ont dentelé la surface, l’artiste applique un filtre de couleur, une gamme qu’elle choisit en hommage à la chromatique du flacon. Formes d’effluves pures, zestes de constellations, nuée de terre, volutes de fumée, algues envoûtantes, ballets cellulaires… Les molécules laissent apparaître d’étranges monstres. Par cet inlassable processus, la photographe donne à une centaine de parfums de renom, son identité propre. Les bains de chimie se gorgent des odeurs des grands crus et laissent sur le papier, les effluves des jus. L’abstraction se fait odeur, littéralement, et donne un visage à l’histoire des fragrances. Chaque petit tirage, portrait unique où ont glissé les trois gouttes précieuses, appelle celui qui passe à s’approcher. Le nez se lève, les paupières, fébriles, se ferment, et ce qu’avaient vu les prunelles, inonde le corps tout entier.

Une nouvelle facette de la photographie expérimentale se trouve ici mêler au travail d’un médium presque vierge : les senteurs.

Drops, Alien – Thierry Mugler (2005), parfumeur Dominique Ropion (détail) – Lipstick Rose – Editions Frédéric Malle (2000), parfumeur Ralf Schwieger ©Christelle Boulé

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Drops, jusqu’au 4 juin 2018,
Le Grand Musée du Parfum, 73, rue du Faubourg Saint-Honoré – 75008 Paris

 

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.