Le petit Claude est né le 30 décembre 1939. Une drôle d’année pour naître, alors que l’Europe sombre dans le chaos. Drôle de jour aussi, car entre Noël et le jour de l’an, les anniversaires de Claude seront « tout simplement ignorés ». Pourtant, celui qui deviendra bien des années plus tard le directeur du Mémorial de Caen, n’a pas eu une enfance malheureuse. Certes, dans sa Normandie natale, les hivers étaient froids, le pain manquait, les parents corrigeaient leurs enfants à coups de martinet et l’éducation des pères maristes prônait l’intransigeance. Toutefois, ce ne sont pas des plaintes qui nous parviennent, mais une multitude d’histoires sur plusieurs aspects de la vie d’alors : l’école, les fêtes de fin d’année, la nourriture, la lecture, le cinéma, la pêche ou encore la radio.

On croise ainsi au fil des pages une foule de personnages étonnants, comme la marraine qui garde jalousement ses livres, le père absent qui écume les casinos du bord de mer, le père Lebret qui tient tête aux Allemands, l’abbé qui jure en pleine messe ou encore le garde-champêtre incompétent mais bon buveur. Sans oublier le chien qui fait les courses, Coco la mouette apprivoisée, et celui que l’on appelle « le chien des Boches ». Figure pathétique, cet animal donne son nom au récit de Claude Quétel. Il est celui que les Allemands ont laissé derrière eux, ce stigmate encombrant qui incarne l’autre, l’étranger, la peur. Pourtant le chien des Boches n’est pas méchant, et seul le petit Claude va s’en rendre compte.

Le Chien des Boches de Claude Quétel. © Eric Garault
Le Chien des Boches de Claude Quétel. © Eric Garault

Un récit entre autobiographie, conte et chronique

L’anecdote du chien des Boches en est une parmi tant d’autres. Chaque court chapitre est consacré à un souvenir. L’auteur part du général pour arriver au particulier, à cette anecdote ou ce moment qui l’a particulièrement marqué. Le récit est fluide, le vocabulaire précis et la prose soignée. L’attention portée aux détails convoque une imagerie précise dans la tête du lecteur et donne au récit sa force et son charme. Claude Quétel est un excellent conteur. Son écriture nous entraîne dans ses maraudes d’enfant au milieu des vestiges de la Seconde Guerre, ou bien à la pêche à pied sur les fraiches plages normandes. Claude est un garçon débrouillard et insoumis, qui raffole de la lecture et du cinéma.

Mais Le Chien des Boches est bien plus qu’une simple autobiographie ou un récit de souvenirs d’enfance. A bien des moments, l’oeil de l’historien rattrape le lyrisme de l’écrivain pour finalement nous livrer une chronique passionnante de la vie quotidienne dans les années 1940 et 1950. On y retrouve bien-sûr quelques bribes de la grande Histoire, notamment sur le Débarquement, mais aussi des références à l’histoire culturelle de l’époque avec les émissions de radio populaires ou les premiers films. On en apprend enfin énormément sur la région normande et la vie de ses habitants après la guerre, toujours à travers le prisme du regard mi-adulte et mi-enfantin de ce jeune garçon devenu historien. Une lecture enrichissante et passionnante, qui émeut autant qu’elle instruit.

le chien des boches - cover

Le Chien des Boches de Claude Quétel, éditions Albin Michel, 250 pages. 18,50 €

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.