Si on le pouvait, on ne ferait qu’enchaîner les festivals. A peine les festivités cannoises terminées, une autre dose de pellicule est à prendre au cœur de Paris, depuis le 09 Juin. Le Champs-Elysées Film Festival célèbre sa 4° année d’existence – on peut décemment dire que chaque édition est une célébration en soi, surtout lorsqu’il s’agit de cinéma, non ?

Sophie Dulac, la présidente et initiatrice du festival, invite les spectateurs à découvrir une sélection de films français et américains, tous genres confondus – quel plaisir de voir des documentaires en compétition au côté de fictions. Pour ne rien vous cacher, il a été plutôt compliqué d’établir mon programme au vu de la profusion des séances proposées : jusqu’à 20 par jour, réparties sur les 6 salles partenaires des Champs. Enfin, j’ai fini par y arriver.

La première séance est placée sous l’augure de Jeremy Irons, président aux côtés d’Emilie Dequenne lors de cette édition. Ils ont chacun eu carte blanche pour une sélection de films de leur choix, comptant leur participation ou non. On a donc pu découvrir Being There ou Bienvenue Mr. Chance (1979) de Hal Ashby, avec Peter Sellers, Shirley MacLaine et Jack Warden, en un rassurant format 35mm crachotant. Personnage passionnant, Chance agit sur les ceux qui l’entourent sans s’en rendre compte : comme à l’inverse de Bartleby le scribe, il s’agit d’observer les réactions  de ceux qui gravitent autour de lui, confrontés à une bonne foi confondante. On pourra tout de même déplorer une sous-utilisation de la matière télévisuelle (image et son) ainsi qu’un remplissage scénaristique superflu qui nuit au rythme du film. Pourquoi Jeremy Irons a-t-il porté son choix sur ce film ? Cela a sans doute à voir avec la performance notable de Peter Sellers, on attendra confirmation de sa part lors de la masterclass (15 Juin).

Entre deux séances, je fais connaissance rapidement – et de loin, parce qu’ils ont l’air sacrément occupés – avec le staff, au sein de l’espace presse du Publicis. Ambiance bon enfant quoiqu’étonnamment assez studieuse. Des souvenirs de festivals plus folklo niveau organisation et sérieux journalistique se ravivent…

Les courts-métrages ont une place importante au cœur du CEFF (c’est tout de suite plus intime avec un acronyme). Avant la session américaine, les réalisateurs francophones viennent ouvrir la compétition de cette édition – c’est au public de voter pour ses 3 courts préférés. On se gardera de tout commentaire généraliste – on a dû partir un peu avant la fin de la séance pour ne pas louper la suivante – mais il faut avouer qu’à la vue des premiers courts présentés, la qualité globale de la sélection déçoit quelque peu. Avec Marthe d’Anne-Claire Jaulin et le film collectif d’animation Duo, seul le TGV d’Emilie Noblet, élève de La Fémis, retient l’attention, grâce à l’écriture de ses personnages, moins caricaturaux qu’à première vue. Un peu plus et on pouvait commencer à douter de la qualité du futur cinéma français. A la pensée de cette fable moralisatrice sur les réseaux sociaux à l’allure de pub pour café encapsulé, l’agacement titille encore quand même un peu…

La soirée se termine tout de même sous un plus beau regard avec la découverte de la copie restaurée de Sorcerer (Le Convoi de la Peur en vf) du maître William Friedkin, invité d’honneur du festival. Parfaite démonstration de la tension au cinéma et grandi d’une aura de culte suite à son tournage mouvementé, le film ressort en salles le 15 Juillet prochain. Suite à la projection, le réalisateur américain s’est prêté avec humour au jeu des questions/réponses, prenant possession de la scène avec une malice sans pareil. Questionnant sa lucidité mentale, le réalisateur finit par citer Beckett pour caractériser son approche du cinéma : « You must go on, I can’t go on, I’ll go on ». L’air interdit, je crois avoir vaguement souri. Le sourire idiot.

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