« C’est quoi l’été pour vous ? » Voici la question que pose la galerie du Réverbère, à Lyon, à ses photographes.  L’exposition éponyme déploie un large éventail d’approches et c’est tête la première qu’on s’immerge dans ces tirages estivants. L‘exposition collective est visible jusqu’au 13 mars 2021.

Le duo fondateur de la galerie de photographie – Catherine Dérioz et Jacques Damez – ont posé cette colle aux vingt artistes qu’ils accompagnent. Pour y répondre, beaucoup ont fait le choix de produire, non seulement des photographies, mais aussi un texte. Les mots font ainsi partie intégrante de l’accrochage, accompagnant le regard. Tantôt, leur lecture ouvre sur l’intime, tantôt ils se font support textuels éclairant la démarche artistique au-delà du particulier. Ils permettent alors d’accéder à un ressenti, à travers le vécu et la perception subjective.

L’exposition, initialement prévue en mai 2020, a finalement pris sa source dans l’atmosphère confinée du printemps 2020 et de l’été qui lui a succédé.

Jouer à l’été

La photographie peut devenir le lieu de mises en scène parodiques, comme celles orchestrées par Rip Hopkins. Dans ces autoportraits collectifs, l’artiste, animé par la curiosité, se glisse dans la peau d’estivants divers et variés en s’immisçant dans le cadre de vie de ses modèles canadiens. La tromperie, qui demeure subtile, ne se révèle qu’en embrassant du regard l’ensemble de la série. Une approche quelque peu espiègle qui n’en n’est pas moins une proposition entière : celle d’un déplacement du regard, et d’une invitation à imaginer. Ce, non sans questionner l’authenticité des images et notre rapport à ce miroir tendu perpétuellement à bout de bras.

 Place aux sens

Plusieurs photographes prennent le parti d’une approche sensible, presque sensorielle, à travers une photographie plasticienne où la perception est reine. Et c’est tout naturellement que des quartiers de melon fraichement découpés et gorgés de soleil ou encore la roche rugueuse des récifs, nous invitent à la rencontre de ces images. Beatrix von Conta s’interroge justement : «Comment transposer ce qui, pour moi, ne sont que sensations et non images.»

Pour Lionel Fourneaux, l’été est avant tout – textures, couleurs, odeurs et sensations. Dans sa série, plusieurs des photographies se réduisent à un plan unique. La profondeur de champ est absente dans ces compositions, où la couleur mais aussi les formes et le mouvement sont primordiales. Leur force s’en retrouve exacerbée.

Le corps et l’ennui

Si l’été attise la sensibilité, c’est en partie grâce à la passivité qui y est associée. Le travail d’Arièle Bonzon, entre autres, dépeint cet temporalité si particulière. Elle transcrit par la photographie cet état proche de l’ennui, peut-être contraint mais non moins contemplatif.

L’été réveille et engage le corps. Et quoi de mieux que la photographie pour lui faire honneur ? Ce, à travers l’apaisement des silhouettes flottantes de Frédéric Bellay aussi bien que les saisissants corps exposés au soleil brûlant, immortalisés par William Klein en plans rapprochés.

Le droit de ne pas aimer l’été

Bernard Plossu est de ceux qui n’aiment pas l’été. D’autres, comme André Forestier, se montrent méfiants envers les fantasmes que cette saison charrie, assommant dans son sillage le regard à coup de « ciels bleus bêtes », pour reprendre Plossu, pointant du doigt les inévitables de la saison estivale : cartes postales, guides touristiques, etc.  Ces images ou objets-refuges superficiels constituent, non seulement des automatismes, mais de véritables signes de l’été.

Les multiples jeux de miroir peuvent se prendre aussi bien au sens littéral – lorsqu’on fait face à son reflet sur fond de cartes postales, dans l’installation de Philippe Pétremant – qu’au sens propre. Car l’universalité de cette question appelle à se plonger dans une vision toute personnelle de cette saison… On ne peut rester sans réponse devant cette invitation : et pour vous, c’est quoi l’été ?

Malgré la diversité des approches, l’exposition permet un dialogue fécond des séries entre elles. L’immersion est garantie !