Le Cirque Trottola a dressé à nouveau son chapiteau dans la cour du CentQuatre à Paris. Après Matamore (2012), venez découvrir Campana jusqu’au 2 février.

Où étaient passé.e.s burlesquebur ? Loin des feux de la rampe, le duo vivaient sous terre, dans les tréfonds obscurs d’une piste de cirque. Mais les voilà qui émergent telles des taupes aveuglées sous les regards circulaires des spectateur.rice.s.

Quelques étirements et il.elle.s sont prêt.e.s à s’élancer vers la lumière. Dans une suite de portés acrobatiques, rythmés par leurs complices musiciens Thomas Barrière et Bastien Pelenc, Titoune et Bonaventure nous ramène à l’essence du cirque. En costume trois pièces il.elle.s jouent avec les lois de la gravité. L’entente est impressionnante à voir et fortifie l’idée d’entraide entre les corps. Mais, impossible pour autant d’échapper au sol et à ses multiples strates. Les corps disparaissent ainsi régulièrement sous le tapis pour réapparaitre sous d’autres coutures. La piste, incessamment modifiée, apparaît de plus en plus grande jusqu’à potentiellement aspirer le public. À la question de savoir à combien de mètres s’élance Titoune avec ses trapèzes volants, vient s’ajouter celle de la profondeur du vide sur lequel sont installés les gradins. Avec un malin plaisir Campana joue avec les repères des spectateur.rice.s. Bonaventure titille la peur du premier rang d’être touché.e par une échelle tournoyante ou celle d’être embarqué.e parmi le fatras d’une brouette.

Des images poétiques émergent de-ci de-là, comme cette proue de bateau constituée d’une échelle suspendue, ou cet éléphant gonflé de souvenirs de cirques. Le burlesque n’est lui aussi pas en reste, avec ces trappes où les corps chutent, et ce numéro de travailleur se devant de siffler en poussant sa brouette. Mais, certains choix laissent songeur tel celui de grimer Titoune en singe lors de son numéro de voltige, ou celui de monter une énorme cloche, certes visuellement renversante mais longue à mettre en place. Longueur aussi de certaines pantomimes répétées à l’envie. C’est sans doute cette dimension temporelle qui participe à ce sentiment mitigé à la fin du spectacle. Peut-être en aurait-il fallu moins en faire et de façon plus concise. Peut-être aussi que de voir toujours la même distribution, l’homme costaud porter et la femme frêle voltiger, lasse un peu.

Pour autant, une chose est sûre : la joie et le plaisir qu’à le Cirque Trottola de vouloir nous emmener dans un tourbillon d’amusements et d’impressions, s’est bien fait ressentir ce soir-là.

« Campana »
conception Cirque Trottola
en piste Titoune et Bonaventure Gacon
aux instruments Thomas Barrière et Bastien Pelenc
fille de piste Jeanne Maigne et Florence Lebeau
Au CentQuatre Paris jusqu’au 2 février puis à Marchin (Belgique) du 11 au 19 mars, au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul du 29 mars au 2 avril, au Théâtre Sénart du 9 au 13 avril, à Albi du 14 au 17 mai et au Lieu Unique de Nantes du 1 au 12 juin.